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  • A LA FRONTIÈRE ENTRE HUMAIN ET NON-HUMAIN

  • Les ouvrages de médecine et de bien-être prennent une importance grandissante et jamais la santé n’a fait l’objet de tant de débats. La lutte contre la maladie s’est profondément technicisée, de la maternité aux services de soins palliatifs, sans prise de conscience réelle de la portée de ces évolutions. Si l’hygiénisme et la vaccination ont été les premiers piliers de la lutte contre la maladie, cette dernière est aujourd’hui abordée via les NBIC (nanotechnologies, biotechnologies, informatique et sciences cognitives). La médecine est ainsi devenue de plus en plus puissante, ouvrant la voie à des scénarios de science-fiction. On ne parle plus de soigner l’individu mais de le réparer de façon à en faire un être humain augmenté, ouvrant ainsi la voie aux transhumanistes. Ces derniers parlent déjà de l’humain cyborg, boosté par divers implants placés directement dans le cerveau. La question du clonage, pourtant très encadrée juridiquement en France, se pose. Car si pour l’heure, les expériences permettent de recréer un organe à partir de cellules souches, les évolutions technologiques n’iront-elles pas plus loin en fabriquant des clones, afin d’utiliser leurs organes avec pour finalité que chaque individu soit perpétuellement en bonne santé ?

    L’éthique en question

    La notion d’immortalité n’est pas loin, et sur le plan éthique, les conséquences sont multiples. La mort sera considérée comme une injustice si une longue espérance de vie n’est pas accessible à tous. Au niveau social, la question soulève d’autres débats. Le coût de ces soins sera onéreux et peut-être réservé à une petite partie de la population. Autre interrogation : l’allongement de la durée de vie permis par la qualité de cette médecine fera se côtoyer plusieurs générations, et posera la question des ressources alimentaires. La planète peut-elle nourrir une population amenée à vivre plusieurs centaines d’années ? Et que vaudra la notion de retraite ? A quel âge faudra-t-il la prendre ? Les questions s’enchaînent, dépassant de très loin le seul champ de la médecine.

    Par ailleurs, loin de se limiter au corps, la médicalisation pourra sans nul doute modifier l’esprit, l’identité de la personne, mais aussi sa place dans la société. Soutenue par la robotisation, la médicalisation risque bel et bien de déshumaniser l’individu, celui-ci pouvant être assisté, quand ce n’est pas remplacé, par un robot. Comme le souligne Marie-Jo Thiel1 dans son ouvrage « La santé augmentée, réaliste ou totalitaire ? » : tous ces développements « brouillent les frontières entre humain et non-humain, vivant et matière, et sur un autre plan entre bien et mal, souhaitable et indésirable, voire à prohiber absolument». Enfin, quel sera le rôle des médecins dont le rôle ne sera plus curatif mais préventif ? Le débat est loin d’être clos.

    Frédérique Guénot

    1. Médecin, théologienne et moraliste

     

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