Pre Béatrice Duly-Bouhanick : Dernières recommandations pour la prise en charge de l’HTA
Discipline : Cardiologie
Date : 10/07/2025
Avec 6 millions de personnes hypertendues non diagnostiquées dans l’Hexagone, il est important que chaque Français connaisse les chiffres de sa pression artérielle, alerte la Pre Béatrice Duly-Bouhanick, endocrinologue et hypertensiologue dans la Fédération cardiologique de l’hôpital Rangueil à Toulouse, présidente sortante de la Société française d’hypertension artérielle (SFHTA).
TLM : Les dernières recommandations de la Société européenne de cardiologie de 2024 ont-elles modifié la définition de l’hypertension artérielle ?
Pre Béatrice Duly-Bouhanick : La définition de l’hypertension artérielle reste une pression artérielle supérieure ou égale à 140 mm de mercure pour la systolique et supérieure à 90 pour la diastolique. Cependant, un nouveau concept a été défini : la pré-hypertension ou la pression artérielle élevée. Dans ce cadre, toute pression artérielle comprise entre 120 et 139 pour la systolique et 70 et 89 pour la diastolique est considérée comme une pression artérielle élevée. Ce n’est pas une hypertension. Mais cela signifie que le patient doit bénéficier d’une surveillance régulière, et d’un calcul de son risque cardiovasculaire avec des échelles comme le SCORE 2, par exemple.
Des mesures hygiéno-diététiques seront proposées et, si le patient présente un risque cardiovasculaire élevé, une prise en charge médicamenteuse est préconisée, notamment si ces mesures ne sont pas suffisantes.
TLM : Faut-il recommander un dépistage systématique de l’hypertension artérielle ?
Pre Béatrice Duly-Bouhanick : La mesure de la pression artérielle devrait être faite pour tous les adultes à chaque consultation médicale. Ce dépistage est dit opportuniste, car réalisable par tous les professionnels de santé et pas seulement par les médecins, mais n’exclut pas le dépistage systématique ou l’autodépistage par le patient lui-même. Car, aujourd’hui, le dépistage est insuffisant. Il est recommandé de mesurer la pression artérielle au moins tous les trois ans avant 40 ans, et au moins annuellement après cet âge. Cette mesure doit être renouvelée ensuite régulièrement, en fonction des chiffres de pression artérielle et du risque cardiovasculaire notamment. La fréquence de l’hypertension augmente de manière continue avec l’âge. Il est important que chaque Français connaisse ses chiffres de pression artérielle. C’est loin d’être le cas aujourd’hui. Il y a en France 17 millions d’hypertendus, parmi les adultes de plus de 18 ans, soit une personne sur trois. Mais une partie d’entre elles ne sont pas diagnostiquées (6 millions d’individus !) et une partie des personnes diagnostiquées ne sont pas suffisamment traitées. Aujourd’hui en France, une personne hypertendue sur quatre seulement est à l’objectif tensionnel.
TLM : Comment prendre en charge une personne dont on vient de découvrir l’hypertension ?
Pre Béatrice Duly-Bouhanick : Il faut d’abord confirmer l’hypertension découverte chez le médecin en faisant de l’automesure tensionnelle à domicile. Un bilan minimum bien codifié est assuré par le médecin. Si toutes les conditions sont réunies, on mettra en place des mesures hygiéno-diététiques. Les nouvelles recommandations insistent sur la réduction de la consommation de sel pour les personnes hypertendues. Jusqu’à présent, l’apport sodé devait se situer entre 6 et 8 grammes de sel par jour. Aujourd’hui, il est conseillé de ne pas dépasser 5/6 grammes. Il a été démontré que la baisse de la consommation de sel est très importante pour diminuer la pression artérielle. Encore 12 % des hommes consomment plus de 12 grammes de sel par jour. C’est trop. Si on oublie d’en parler en consultation, on passe à côté d’une partie de la prise en charge. Par ailleurs, il faut augmenter les apports en potassium, contenus notamment dans les fruits et légumes. L’apport en potassium contribue à faire diminuer la pression artérielle. Chez les patients qui continuent à consommer trop de sel de table dans la salière, on peut le remplacer en partie par du sel de potassium, contre-indiqué en revanche en cas d’insuffisance rénale, ou s’il y a déjà des médicaments pour la tension qui augmentent le potassium. Une étude chinoise a montré que le fait de passer au sel de potassium réduisait les événements cardiovasculaires. Une préconisation sans doute plus valable chez ceux qui rajoutent du sel à table que chez les gros consommateurs de conserves, ou de plats cuisinés riches en sel. Il faut également recommander la pratique d’activités physiques (marche, natation, vélo…), et tout ce qui peut limiter le stress, écoute de musique, yoga…Il faut encore arrêter de fumer et enfin limiter l’excès pondéral.
TLM : Et par quels médicaments antihypertenseurs faut-il commencer ?
Pre Béatrice Duly-Bouhanick : Si les mesures hygiéno-diététiques sont insuffisantes pour réduire la pression artérielle, il faut rapidement proposer un traitement médicamenteux, parfois mis en place dès le départ avec la diététique si les chiffres sont très élevés ou le risque cardiovasculaire important. Les recommandations européennes de 2024 préconisent dans la plupart des cas de prescrire d’emblée une bithérapie à faible dose, en choisissant deux médicaments parmi ces trois familles d’antihypertenseurs, inhibiteurs de l’enzyme de conversion ou antagonistes du système rénine-angiotensine 2, inhibiteurs calciques, diurétiques. Au bout d’un mois — car il faut aller vite —, le patient sera revu. Si le traitement est insuffisant, il faut commencer par vérifier s’il prend bien ses médicaments. Si c’est le cas, on prescrira une trithérapie toujours à faible dose. Ces bithérapies et ces trithérapies fixes existent en monocomprimé, ce qui facilite l’observance du traitement. Les études montrent que le plus important, c’est l’observance, le moment de la prise des médicaments dans la journée n’a pas d’importance. Après un changement de traitement, le patient sera revu un mois plus tard pour vérifier son efficacité, sa tolérance et interroger à nouveau sur l’observance.
TLM : Quels résultats si la prise en charge est bien conduite ?
Pre Béatrice Duly-Bouhanick : Si les patients prennent correctement leur traitement, qu’il s’agisse d’une bi ou trithérapie, le risque d’hypertension résistante est très faible. Celle-ci concerne entre 5 et 10 % des patients pour lesquels d’autres stratégies seront envisagées. Il faut lutter contre l’inertie thérapeutique, qui consiste à attendre avant de prendre un traitement, inertie des patients comme celle des médecins. Il faut aussi insister auprès du patient sur l’importance de l’observance thérapeutique.
TLM : Comment surveiller la tension artérielle une fois le patient traité ?
Pre Béatrice Duly-Bouhanick : Les patients doivent être revus un mois après tout changement de traitement et tous les mois pendant trois mois tant que le contrôle tensionnel n’est pas obtenu, ce qui peut poser problème du fait du manque de médecins et de leur charge de travail, puis en moyenne tous les six mois, ensuite. Avant toute consultation avec leur médecin, ils doivent avoir procédé à une prise de mesures de la pression artérielle en ambulatoire, trois mesures deux fois par jour, matin et soir, pendant trois jours, avec surtout un calcul de la moyenne qui doit être strictement inférieure à 135/85 mmHg : cela passe par une éducation thérapeutique du patient pour qu’il sache la faire convenablement, c’est-à-dire en position assise (et pas couchée !).. Depuis la journée mondiale de l’hypertension le 17 mai, des documents sur l’hypertension établis en collaboration notamment avec la SFHTA et des fiches d’automesures sont accessibles à tous et nous invitons les patients à les consulter (site ameli.fr).
Propos recueillis
par le Dr Clémence Weill ■





