• Pr Stéphanie Mallet : Dernières données thérapeutiques pour traiter la gale chez l’enfant

Stéphanie Mallet

Discipline : Dermatologie

Date : 10/07/2025


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En parallèle au traitement médicamenteux, recommande le Pr Stéphanie Mallet, du service de Dermatologie du CHU de Marseille, la prise en charge repose sur trois axes : traiter l’enfant, l’entourage (qu’il soit symptomatique ou pas) et désinfecter le linge de corps et celui des lits.

 

TLM : Quelle est l’incidence de la gale en France ?

Pr Stéphanie Mallet : Cette infection parasitaire très contagieuse est causée par un parasite appelé sarcopte. Il est important de préciser d’emblée qu’elle n’est en aucun cas liée à un manque d’hygiène. La transmission se fait principalement par contact direct de personne à personne, mais elle peut également survenir par le biais de linge ou d’objets contaminés appartenant à une personne infestée. La gale peut toucher toutes les catégories sociales et concerne tous les âges, du nouveau-né à la personne âgée. N’étant pas une maladie à déclaration obligatoire, son incidence est estimée à partir de la consommation de traitements spécifiques. Selon l’Institut de veille sanitaire, on recense chaque année en France environ 328 cas de gale traités pour 100 000 habitants.

 

TLM : Le diagnostic de la gale est-il aisé chez l’enfant ?

Pr Stéphanie Mallet : Sur le plan des symptomes, il s’agit d’une dermatose prurigineuse, avec des démangeaisons quasi permanentes à recrudescence nocturne, se traduisant parfois chez l’enfant par une irritabilité, voire une cassure de la courbe de poids. Il présente souvent des lésions de grattage, avec une eczématisation. Chez l’enfant, il faut rechercher les vésicules (à liquide clair) et les pustules (à liquide trouble), avant tout au niveau des paumes des mains et des plantes des pieds. Les nodules scabieux sont plutôt localisés au niveau axillaire. Des lésions sont parfois visibles sur le visage, en particulier chez les nourrissons nourris au sein, parce que le visage de l’enfant est directement collé aux seins de sa mère qui peut ainsi lui transmettre le sarcopte, si elle est infestée. Les lésions chez l’enfant peuvent concerner tout le corps, cuir chevelu, visage, épaules, dos... Le diagnostic est clinique. Il est possible — mais rarement nécessaire — de confirmer le diagnostic chez le dermatologue. Le dermatoscope permet de voir clairement le sillon et à son extrémité un triangle brunâtre semblable à un deltaplane : c’est le sarcopte.

 

TLM : Comment prendre en charge l’enfant atteint de la gale ?

Pr Stéphanie Mallet : Le centre de preuve de la Societe francaise de dermatologie vient de finaliser de nouvelles recommandations pour le traitement de la gale des enfants, afin de prendre en compte les dernières données thérapeutiques disponibles. La prise en charge repose sur trois axes : il faut traiter l’enfant, l’entourage (qu’il soit symptomatique ou pas) et désinfecter le linge de corps et celui des lits. Et cela deux fois,à 10 jours d’intervalle. Les produits contre la gale ne sont en effet pas actifs sur les œufs du parasite, ils détruisent seulement le sarcopte. Actuellement, trois médicaments sont disponibles contre la gale, deux traitements topiques, le benzoate de benzyle a 10 % en émulsion cutanée, la perméthrine en crème à 5 % et l’ivermectine, un médicament par voie orale plus facile à utiliser lorsqu’il s’agit de prendre en charge toute une famille ou des cas groupés dans une collectivité. C’est aussi le traitement à privilégier en cas de mauvais état cutané pour éviter l’irritation des topiques antiscabieux ou s’il y a un doute sur l’observance Pour l’enfant de plus de 15 kilos, l’un de ces trois traitements peut être prescrit.

 

TLM : Et pour les enfants de moins de 15 kilos ?

Pr Stéphanie Mallet : En dessous de 15 kilos, la prise en charge de la gale repose sur le traitement local, soit la perméthrine en application locale, qui n’a une autorisation de mise sur le marché que pour l’enfant de plus de deux mois, soit le benzoate de benzyle qui est autorisé pour les nourrissons dès l’âge de un mois. L’ivermectine n’a pas d’autorisation pour les enfants de moins de 15 kilos. Pour l’enfant de plus de deux ans, s’il pèse un peu plus ou un peu moins de 15 kilos, le traitement repose soit sur les traitements locaux ou sur l’ivermectine à la dose de 200 microgrammes par kilo. Le traitement oral après deux ans est à privilégier s’il existe des cas groupés ou si la peau est abimée. Pour les nourrissons de 1 à 24 mois, le traitement local doit être proposé en première intention. L’application de ces traitements topiques doit être rigoureuse chez l’enfant, car la gale, nous l’avons vu, touche non seulement le corps, mais aussi le visage, le cuir chevelu, les mains, les pieds… Les parents souvent n’osent pas en mettre sur les mains par crainte que les enfants les lèchent et absorbent le médicament. Les quantités mises par les parents sont parfois aussi insuffisantes : elles doivent tenir compte de la corpulence de l’enfant et des recommandations du médecin. Les applications de topique qui ne couvrent pas tout le corps et les quantités insuffisantes de produits appliqués sont des sources d’échecs.

 

TLM : Que faut-il faire chez l’enfant de moins de 15 kilos en cas d’échec des traitements locaux ?

Pr Stéphanie Mallet : Il est alors possible de prescrire hors AMM de l’ivermectine chez l’enfant de moins de 15 kilos. Les comprimés ne sont pas sécables. Mais avec un couteau adapté, il est possible de les couper en deux ou en quatre.

Pour les enfants entre 7,5 et 15 kilos, un demi-comprimé dilué dans l’eau peut être prescrit. Et pour ceux entre 3,5 et 7,5 kilos, un quart de comprimé dilué peut être utilisé. Ces traitements ne sont efficaces que s’ils sont renouvellés entre J8 et J14 après le traitement initial et si l’entourage de l’enfant est également traité.

 

TLM : Comment décontaminer l’environnement ?

Pr Stéphanie Mallet : En parallèle au traitement medicamenteux, il faut prendre en charge l’environnement, c’est-à-dire décontaminer le linge et la literie. Le sarcopte ne survit pas à des températures supérieures à 60 degrés. Pour décontaminer le linge et la literie, plusieurs possibilités : soit le lavage en machine à 60°C du linge lorsque cela est possible, soit la désinfection avec un acaricide. Le linge est alors stocké dans un sac en plastique pendant au moins trois heures avec un produit acaricide acheté en pharmacie. Il ne faut pas oublier de traiter matelas, mobilier, poussette et sièges de voiture, idéalement avec un antiparasitaire en pulvérisation.

Propos recueillis

par le Dr Martine Raynal

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