Pr Serge Perrot : Comment traiter la douleur de la gonarthrose ?
Discipline : Rhumato, Orthopédie, Rééduc
Date : 10/10/2025
Affection fréquente, la gonarthrose est désormais reconnue comme une maladie articulaire à part entière, au-delà de la simple usure mécanique du cartilage. Sa prise en charge repose sur une stratégie individualisée, associant mesures non pharmacologiques, traitements antalgiques ciblés et recours raisonné à la chirurgie, explique le Pr Serge Perrot, rhumatologue à l’hôpital Cochin (Paris).
TLM : Qu’est-ce que la gonarthrose ?
Pr Serge Perrot : Longtemps considérée comme une affection dégénérative de l’articulation, la gonarthrose est désormais qualifiée de maladie articulaire en raison des diverses atteintes qui la caractérisent. Ces atteintes comprennent notamment la dégradation de la synoviale due à une inflammation de bas grade, l’altération de la fonction stabilisatrice des ligaments et des tendons, ainsi que la sclérose de l’os sous-chondral. Ainsi, la gonarthrose ne se limite pas à une simple usure du cartilage liée à l’âge, mais constitue une véritable maladie inflammatoire. Pour illustrer cette distinction, on pourrait la comparer à la différence entre des pertes de mémoire normales et la maladie d’Alzheimer.
TLM : Quels sont ses facteurs de risque ?
Pr Serge Perrot : On en distingue deux types : les facteurs de risque modifiables et ceux qui ne le sont pas. En tête des facteurs de risque modifiables, le surpoids et l’obésité, qui non seulement accélèrent la dégradation du cartilage mais participent à l’inflammation de bas grade. Le manque d’activité physique et la sédentarité, en réduisant la force musculaire et en favorisant l’excès de poids, augmentent aussi le risque de gonarthrose. Une activité physique excessive ou inadaptée, avec des impacts élevés ou répétitifs, peut également accélérer l’usure du genou. Enfin, les blessures ou les traumatismes précoces, comme des fractures, des entorses ou des ruptures ligamentaires, ont tendance à favoriser la gonarthrose. Les principaux facteurs de risque non modifiables sont l’âge, des anomalies anatomiques comme un genu varum ou un genu valgum, et une prédisposition génétique.
TLM : Quels sont les symptômes de la gonarthrose ?
Pr Serge Perrot : Ce sont essentiellement des douleurs au genou, une raideur articulaire, une instabilité et un gonflement de l’articulation, auxquels peut s’ajouter une perte fonctionnelle. On distingue trois phénotypes algiques qu’il faudra traiter différemment : les douleurs nocturnes liées à une inflammation et qui nécessitent un « déverrouillage » matinal du genou ; les douleurs diurnes lors de la marche ; les douleurs constantes.
TLM : Hommes et femmes sont-ils égaux face à cette maladie ?
Pr Serge Perrot : Oui globalement, même si l’on observe une hausse des cas chez les femmes durant la période périménopausique, en raison des changements hormonaux qui affectent le cartilage et les os.
TLM : Un traitement est-il indiqué chez tous les patients ?
Pr Serge Perrot : On ne traite qu’en cas de plainte. C’est la différence entre l’arthrose, c’est-à-dire la maladie structurelle que l’on voit à l’imagerie, et la douleur de l’arthrose, qui correspond au ressenti. Les deux ne vont pas toujours de pair : l’atteinte peut être sévère à l’imagerie mais ne générer que peu de douleurs et inversement. Il faut garder à l’esprit que l’on ne soigne pas une image mais un patient.
TLM : Quelles sont les recommandations en matière de prise en charge ?
Pr Serge Perrot : Face à un patient qui se plaint de douleurs articulaires au genou et/ou dont la gonarthrose entraîne une perte fonctionnelle, la première démarche à entreprendre est de prescrire une IRM. C’est l’examen d’imagerie de référence pour visualiser l’ensemble des composants de l’articulation. Une fois le diagnostic de gonarthrose posé, on recherche si celle-ci se limite à un genou ou si elle touche d’autres articulations ; très souvent, elle est multiple et associée à de l’arthrose au niveau des mains.
Le traitement associe deux types d’approche, une approche non médicamenteuse et une approche médicale, pour une prise en charge globale. Si nécessaire, le patient devra perdre du poids (une perte pondérale supérieure à 10 % améliore de 30 % les douleurs liées à la gonarthrose) et pratiquer régulièrement une activité physique.
Marche, vélo, natation…Ces activités douces, qui n’exercent pas de pression excessive sur les articulations, sont particulièrement recommandées. Il est essentiel de faire comprendre qu’une articulation ne s’use pas si l’on s’en sert !
En plus de l’activité physique, la kinésithérapie est essentielle pour renforcer les muscles stabilisateurs du genou, améliorer la mobilité et réduire la douleur. Enfin, en cas de genu valgum ou genu varum, le port de semelles orthopédiques peut améliorer la désaxation.
TLM : Les cures thermales ont-elles un intérêt ?
Pr Serge Perrot : Dans le cadre d’une approche globale, avant la reprise d’une activité physique, elles s’avèrent souvent bénéfiques. Sans doute parce qu’elles comprennent beaucoup de séances d’éducation thérapeutique, essentielle pour redonner confiance aux patients.
TLM : Et en quoi consistent les approches médicamenteuses ?
Pr Serge Perrot : En l’absence de contre-indications, les anti-inflammatoires non stéroïdiens, sous forme de cures de courte durée, figurent au premier plan des traitements médicamenteux des poussées de gonarthrose. Pour les douleurs chroniques, on prescrira des antalgiques, et notamment du paracétamol codéiné, même si son efficacité reste modeste. En revanche, la morphine n’a aucune utilité. Si la douleur n’est pas soulagée, les dispositifs de neurostimulation transcutanée donnent souvent de bons résultats.
TLM : Que penser des injections d’acide hyaluronique et de PRP ?
Pr Serge Perrot : Leur efficacité est contestée en raison des résultats peu probants.
Néanmoins, il ne faut pas être fermé à ces approches si le patient est d’accord pour les essayer.
TLM : Et des médicaments tels que les antiarthrosiques d’action lente (AA-SALs) ?
Pr Serge Perrot : On peut prescrire pendant trois à six mois des AASALs — qui ne sont pas remboursés —, et évaluer s’ils améliorent l’état du patient. Le cas échéant, ce dernier peut poursuivre le traitement pendant deux à trois ans.
TLM : Quand faut-il envisager la chirurgie ?
Pr Serge Perrot : Lorsque la gonarthrose est avancée et que la perte fonctionnelle altère la qualité de vie du patient. La prothèse peut être compartimentale ou totale.
L’arthroplastie n’est cependant pas la panacée : des douleurs persistantes, sous forme de neuropathie, sont rapportées dans 20 à 30 % des cas. Le patient doit impérativement en être informé avant d’envisager cette option.
Propos recueillis
par Jeanne Labrune ■





