• Pr Pascal Demoly : Rhinite allergique et asthme La piste de l’immunothérapie allergénique

Pascal Demoly

Discipline : Pneumologie

Date : 10/04/2025


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Les résultats de l’étude EfficAPSI ont montré qu’avec l’immunothérapie allergénique, « la réduction du risque d’apparition ou d’aggravation de l’asthme chez les patients atteints de rhinite allergique est significative », indique le Pr Pascal Demoly, coordonnateur du département de Pneumologie au CHU de Montpellier.

 

TLM : Les rhinites allergiques (RA) sontelles encore sous-diagnostiquées ?

Pr Pascal Demoly : Les symptômes de la RA (éternuements, écoulement nasal, congestion, démangeaisons) ressemblent à ceux d’un rhume viral ou d’une sinusite chronique. Si bien que les RA sont effectivement sous-diagnostiquées, dans toutes les tranches d’âge et notamment chez l’enfant chez qui elles peuvent apparaître assez tôt.

 

TLM : Quel est le risque de sous-diagnostiquer une allergie respiratoire ?

Pr Pascal Demoly : Le risque principal est de laisser évoluer une RA trop longtemps sachant qu’une « simple » inflammation allergique des voies aériennes supérieures peut s’accompagner d’une inflammation des voies aériennes inférieures, comme l’asthme. Aujourd’hui, alors que nous disposons des immunothérapies allergéniques (ITA), susceptibles de réduire significativement l’arrivée ou l’aggravation d’un asthme, il est d’autant plus important de faire le diagnostic précoce d’une RA.

 

TLM : Concernant l’étude EfficAPSI, pourriez-vous rappeler son contexte et ses objectifs ?

Pr Pascal Demoly : L’ouverture des données de l’Assurance maladie aux chercheurs (le Système national des données de santé - SNDS) permet de disposer d’informations en vie réelle et d’analyser les effets d’un médicament en dehors des études contrôlées. L’étude EfficAPSI a ainsi mesuré l’impact de l’immunothérapie sublinguale liquide (ITSL) sur l’apparition et l’évolution de l’asthme chez les patients atteints de RA. Elle a porté sur 100 000 patients issus de la base de Stallergenes Greer, fabricant et distributeur des APSI (Allergènes préparés spécialement pour un seul Individu) dont le profil était >5 ans, souffrant de RA, avec ou sans asthme, traités par ITSL et par des traitements symptomatiques. Chacun de ces patients a été apparié à trois patients contrôles provenant du SNDS (soit 300 000 patients) identifiés comme ayant une RA (d’après leurs traitements antihistaminiques et corticoïdes locaux pris depuis deux ans) et nous avons mesuré l’apparition de l’asthme chez les patients non asthmatiques à l’inclusion (prescription d’un traitement d’asthme dans le SNDS) ou l’augmentation du traitement d’asthme chez ceux déjà asthmatiques à l’inclusion.

 

TLM : Quels sont les résultats de cette étude ?

Pr Pascal Demoly : La mesure de l’apparition ou de l’aggravation de l’asthme était caractérisée suivant trois stades définis ainsi : « très sensible » (hospitalisation pour asthme, mise en ALD, prescription d’un traitement contre l’asthme), « spécifique » (excluant la délivrance d’un traitement contre l’asthme) et « combinée » (spécifique et sensible). Parmi les patients atteints de RA sans asthme préexistant, l’ITSL est associée à un risque significativement inférieur d’apparition de l’asthme, par rapport au groupe témoin, de 23 % à -38 % (selon la définition). Et parmi ceux atteints de RA avec asthme préexistant, l’ITSL est associée à un risque significativement inférieur d’aggravation de l’asthme d’environ -39 %. Dans cette étude, les allergènes responsables des principales allergies respiratoires étaient pris en compte (acariens, pollens de graminées, de bouleau et d’ambroisie, phanères de chat). Ainsi, quelle que soit la définition, quelles que soient les tranches d’âge et le sexe, quels que soient les allergènes, la réduction du risque est significative !

 

TLM : Qu’en est-il de la consommation médicamenteuse avec les ITA ?

Pr Pascal Demoly : Dans l’étude EfficAPSI, nous avons analysé le critère secondaire de la consommation médicamenteuse. Nous avons constaté une réduction de la prise d’anti-histaminiques et de corticoïdes, notamment oraux, ce qui est un élément fort de l’efficacité du traitement par ITA.

Ces résultats figurent dans un deuxième article actuellement en soumission.

 

TLM : La rémission est-elle l’objectif thérapeutique des ITA ?

Pr Pascal Demoly : Si la définition de la rémission est l’absence de symptômes, l’expérience montre qu’environ la moitié des patients n’en ont plus pendant une période assez prolongée. De plus des études plus anciennes prouvent qu’ils sont protégés pendant une période de 7 à 10 ans. Ce faisceau d’arguments va dans le même sens, conférant de la puissance et de la vraisemblance à ces résultats positifs.

 

TLM : Quand mettre en place une ITA ?

Pr Pascal Demoly : Du point de vue réglementaire, pour les produits ayant l’AMM et pour ceux étant en APSI, l’âge minimum indiqué est de cinq ans. Toutefois, dans certaines circonstances, les recommandations des sociétés savantes prennent également en compte des données existant pour les trois à cinq ans. En dessous de trois ans, la prise en charge par ITA est plus expérimentale et nous conseillons plutôt d’attendre l’arrivée de données plus solides. D’autre part, comme l’ITA est efficace sur toutes les tranches d’âge, ce n’est pas parce qu’un patient de 30, 40 ou 50 ans n’en a jamais bénéficié que ce n’est plus le moment pour lui d’en démarrer une.

Quand l’indication est bien posée, l’ITA fonctionne !

 

TLM : Quel est le rôle des médecins traitants ?

Pr Pascal Demoly : Les médecins traitants effectuent le diagnostic de l’asthme et de la rhinite allergique et leur rôle est fondamental dans la prise en charge de ces patients*. Ils doivent penser à l’immunothérapie qui n’est pas réservée qu’aux allergologues. Ils en détiennent également le droit de prescription. De plus, le nombre d’allergologues, 800 spécialistes déclarés au Conseil de l’Ordre, n’est pas suffisant pour recevoir tous les patients allergiques. Mais, dans la pratique aujourd’hui, ce sont majoritairement les allergologues qui prescrivent les ITA car nos collègues de soins primaires considèrent que leur mise en place est compliquée.

 

TLM : Le Congrès CFA se tiendra du 15 au 18 avril à Paris. Quelles actualités sur ce sujet seront communiquées ?

Pr Pascal Demoly : Chez les patients ayant déjà une RA et de l’asthme, le mécanisme d’action de l’ITA est assez étonnant. L’immunothérapie est non seulement spécifique de l’allergène, mais elle semble de surcroît capable de réinstaurer chez le patient une défense vis-à-vis des virus respiratoires, grands pourvoyeurs d’exacerbations d’asthme (de 8 à 9 exacerbations sur 10). Des études expérimentales chez l’homme ont ainsi montré que la réponse interféron est réinstaurée avec l’ITA par une diminution probable de l’inflammation locale. L’ITA redonne ainsi de la puissance à l’épithélium pour lutter contre les virus respiratoires.

Propos recueillis

par Alexandra Cudsi

* Lire à ce sujet, page 54, les propos de l’allergologue Julien Cottet sur le rôle du médecin généraliste pour favoriser l’ITA.

Le rôle central des médecins généralistes pour favoriser l’immunothérapie allergénique (ITA)

Aujourd’hui, 25 % des Français souffrent d’allergie respiratoire et près d’un enfant sur dix est asthmatique. L’OMS estime que 50 % de la population sera concernée par ces pathologies d’ici 2050. « Dans les années à venir, la prise en charge de ces patients va constituer un véritable défi qu’il faudra relever tous ensemble.

Les allergies respiratoires sont des maladies graves », indique le Dr Julien Cottet, spécialiste en allergologie, vice-président de la Société française d’allergologie (SFA), président du groupe de travail « Immunothérapies allergéniques » (ITA). La SFA alerte : parmi les patients souffrant d’allergies respiratoires, environ 10 % développent une forme sévère, soit 3 millions de personnes en France. « Ces formes sévères devraient bénéficier d'une désensibilisation, seul traitement étiologique de l’allergie. Or, seuls 300 000 patients sont traités par ITA chaque année », souligne le spécialiste, qui poursuit : « Avec seulement 800 spécialistes en allergologie, l’équation est insolvable. Face au nombre important de patients qu’il faudra prendre en charge, les médecins traitants auront un rôle central dans le parcours de vie du patient allergique. Il sont d’ores et déjà un pilier fondamental dans le dépistage cardiovasculaire, nous comptons sur eux pour aider leurs patients à prendre en charge leur pathologie allergique. Et nous allons les aider pour cela. »

Devant ces enjeux, la SFA, en collaboration avec le laboratoire Stallergenes Greer, a mis en place plusieurs dispositifs pour, d’une part, vulgariser auprès de la population générale les messages scientifiques actualisés et, d’autre part, former les médecins non allergologues aux défis qui les attendent. « Aller vers » : c‘est leur projet commun.

Partir à la rencontre de ces médecins de premier recours et des patients allergiques. Sur les réseaux sociaux, pour apprendre de manière ludique, la minisérie vidéo décalée et intitulée « Scènes d’Allergo » traite de désensibilisation, d’asthme, d’allergies alimentaires et d’allergies aux venins d’hyménoptères. La mini-série « L’allergie en récit », quant à elle, permet de découvrir des témoignages d’allergiques, connus ou non connus, et de montrer que la maladie n’est pas un fardeau si elle est prise en charge. En congrès, des experts allergologues tiennent des symposiums lors des Journées nationales de médecine générale (JNMG) : la réussite du congrès de 2024 a poussé la SFA et Stallergenes Greer à proposer de nouveau une session en octobre 2025. Sans oublier le travail des membres de la SFA, qui ont réalisé et mis à disposition en ligne des fiches d’aide au renouvellement d’ITA.

Grâce à elles, plus de rupture de continuité de soins ! Tout médecin non allergologue a les clés pour réévaluer une ITA en toute sérénité et sécurité. Conçues en version courte, elles expliquent les spécificités de chaque ITA. Les médecins non allergologues qui souhaiteraient aller plus loin dans la découverte de la prise en charge des allergies respiratoires peuvent télécharger une version longue de ces fiches, ou encore entrer en contact avec l’Association régionale de formation continue en allergologie (AREFORCAL), antenne locale de l’ANAFORCAL, qui l’accueillera les bras ouverts lors des nombreuses journées de formation et d’échanges organisées partout sur le territoire.

par Alexandra Cudsi

Effaclar Spotscan : L’intelligence artificielle au service des patients acnéiques

L’acné, pathologie inflammatoire chronique du follicule pilo-sébacé, touche près de 3,3 millions de personnes en France, avec des répercussions psychologiques et sociales significatives. La Roche-Posay innove avec EFFACLAR SPOTSCAN, une solution d’intelligence artificielle au service des patients acnéiques, développée en collaboration avec des dermatologues.

L’ acné n’est pas seulement un problème esthétique. Ses répercussions psychologiques sont profondes : selon une enquête menée en 2017, 71 % des patients acnéiques rapportent une perte de confiance en eux. Pourtant, en France, seules deux personnes acnéiques sur trois consultent un dermatologue. Pour répondre à ces enjeux, La Roche-Posay a développé Effaclar Spotscan. « Cette application est le fruit d’un travail titanesque. En l’espace de deux ans, nous avons travaillé sur six versions de l’algorithme bâti à partir de plus de 6 000 photos obtenues avec le concours de quatre dermatologues et de trois organismes de recherche clinique. Nos efforts ont donné naissance à une application particulièrement précise et fiable pour aider les utilisateurs à évaluer correctement leur acné et suivre les résultats obtenus avec leur traitement », se félicite le Dr Sophie Seite, directrice scientifique de La Roche-Posay. L’application permet d’évaluer objectivement la sévérité des lésions acnéiques à partir de trois prises de vue standardisées (face et profils). Elle identifie et catégorise les différentes lésions (comédons ouverts et fermés, lésions inflammatoires, hyperpigmentation post-inflammatoire) et attribue un score de sévérité sur une échelle de 0 à 4+.

Outil d’aide à la décision et d’éducation thérapeutique. L’acné étant une pathologie récidivante nécessitant une prise en charge adaptée et prolongée, l’observance thérapeutique est un enjeu majeur. Or, selon les études épidémiologiques, moins d’un patient sur deux suit son traitement jusqu’à son terme, compromettant son efficacité. L’un des atouts d’Effaclar Spotscan est d’agir comme un outil de suivi dynamique, en proposant une visualisation de l’évolution des lésions au fil du traitement. « Si Effaclar Spotscan aide les patients à constater, de visu, l’évolution de leur acné et l’atténuation de leurs lésions, l’application pourrait bien les motiver à suivre leur traitement avec plus de sérieux », souligne le Pr Brigitte Dréno, chef du service de Dermatologie du CHU de Nantes.

Les patients obtenant un score supérieur ou égal à 2 sont encouragés à consulter un dermatologue. Par ailleurs, l’application propose une routine de soins personnalisée, basée sur les recommandations des dermatologues et les avancées les plus récentes en cosmétologie. Effaclar Spotscan marque ainsi une avancée dans la prise en charge des peaux à tendance acnéique, en apportant une solution alliant innovation technologique, expertise dermatologique et accompagnement personnalisé. Une démonstration supplémentaire du potentiel de l’intelligence artificielle dans le domaine médical.

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