Pr Olivier Hanon : Quelle supplémentation en cas de carence en acide folique ?
Discipline : Gynécologie, Santé de la Femme
Date : 10/07/2025
Facteur favorisant de la survenue de pathologies inflammatoires ou de maladies cardiovasculaires comme de risque infectieux et de cancer, la carence en folates (vitamine B9) touche entre 15 et 20 % de la population de plus de 65 ans. Le Pr Olivier Hanon, chef du service de Gériatrie à l’hôpital Broca à Paris, détaille les modalités d’une supplémentation généralement bien tolérée et sans effet secondaire notoire.
TLM : A quoi sert l’acide folique dans l’organisme ?
Pr Olivier Hanon : L’acide folique ou vitamine B9 joue un rôle essentiel dans de nombreuses fonctions cellulaires. En particulier, la vitamine B9 est impliquée dans la synthèse et la réparation de l’ADN. La carence en vitamine B9 est associée à la méthylation de la méthionine qui aboutit à la synthèse de l’homocystéine, impliquée dans les phénomènes inflammatoires et la survenue d’événements cérébro-vasculaires. Les carences peuvent donc avoir différents impacts sur la santé, notamment une altération de la synthèse de l’ADN, avec des complications, en particulier au niveau des neurones, troubles de la mémoire, neuropathies périphériques, perturbation des neurotransmetteurs avec baisse de la production de dopamine et de sérotonine. Si elle peut être responsable d’une anémie mégaloblastique, cette carence augmente aussi le risque de pathologies inflammatoires et de maladies cardiovasculaires. Le manque d’acide folique accroît aussi, par le biais des anomalies de la réparation de l’ADN, le risque de cancer et le risque infectieux consécutif à une altération des lymphocytes. Par ailleurs, la carence en acide folique pendant le premier trimestre de la grossesse est un facteur de risque de spina bifida pour le nouveau-né.
TLM : La carence en acide folique est-elle fréquente dans la population générale et en particulier chez les personnes âgées ?
Pr Olivier Hanon : Les carences en folates augmentent avec l’âge. Après 65 ans, entre 15 et 20 % de la population présenterait une carence en folates. Les raisons de ces carences sont multiples. Il peut s’agir d’un défaut d’apports alimentaires. En vieillissant la moindre diversité de l’alimentation peut être responsable d’une carence. La malabsorption intestinale liée notamment à la maladie cœliaque ou la maladie de Crohn est un facteur de carence. Certains médicaments diminuent aussi l’absorption digestive de l’acide folique, comme les sulfamides, le méthotrexate, le triméthoprime, les inhibiteurs de la pompe à protons (IPP), ces protecteurs gastriques extrêmement prescrits aux personnes âgées. Tous ces médicaments entraînent une diminution du dosage sanguin d’acide folique. Enfin, certaines situations particulières, la grossesse bien sûr, mais aussi les infections aiguës ou les cancers augmentent les besoins en acide folique. La consommation excessive d’alcool est également associée à une carence en acide folique.
TLM : Comment savoir si l’on est carencé en acide folique ?
Pr Olivier Hanon : Il est possible de pratiquer des dosages pour identifier les éventuelles carences. Ces dosages peuvent se faire au niveau érythrocytaire ou plasmatique. Les normes définies par chaque laboratoire permettent de savoir si un patient présente un déficit en acide folique. Les personnes carencées peuvent alors bénéficier d’une supplémentation. Dans notre service de gériatrie, le dosage d’acide folique fait partie du bilan systématique pour tous les patients souffrant de troubles cognitifs. Ce dosage est également indispensable dans l’exploration de certaines anémies.
TLM : Quand faut-il envisager une supplémentation ?
Pr Olivier Hanon : Lorsqu’une carence en folates est diagnostiquée, par exemple chez un patient présentant des troubles de la mémoire, il est recommandé de prescrire une supplémentation quotidienne, à la dose de 0,4 mg par jour. En cas d’anémie liée à une carence en folates, la supplémentation recommandée est de 5 mg par jour. Ces deux dosages différents d’acide folique sont disponibles en pharmacie pour chacune de ces indications. Par ailleurs, il faut rappeler que la supplémentation doit être systématique chez une femme qui souhaite un enfant, à commencer si possible dans les trois mois avant la fécondation.
TLM : Quels sont les bénéfices d’une supplémentation chez les personnes âgées ?
Pr Olivier Hanon : Plusieurs études ont retrouvé une association entre un taux élevé d’homocystéine (lié à une carence en folates) et le risque de maladies cardiovasculaires.
Ainsi, une méta-analyse récente a montré que la supplémentation en folates permettait de réduire de 15 % le risque d’accidents vasculaires cérébraux. D’autres travaux ont suggéré qu’un faible taux plasmatique de folates était associé à un risque de troubles neurocognitifs majeurs (démence). En outre, ces études ont abouti à la conclusion que le risque de démence pouvait être diminué de 30 à 50 % chez des personnes supplémentées en folates. Il s’agit d’études observationnelles portant essentiellement sur la consommation alimentaire en folates. Il manque cependant des études randomisées comparant à long terme des personnes recevant une supplémentation en acide folique à d’autres ne recevant qu’un placebo. Les études observationnelles présentent souvent des biais et n’ont pas le même niveau de preuve que des essais randomisés contre placebo. Toutefois, certains pays comme le Canada, l’Australie ou les Etats-Unis proposent l’ajout d’acide folique dans certains aliments, comme les céréales, le pain, les pâtes…
TLM : Faut-il pratiquer des dosages d’acide folique de manière systématique après un certain âge ?
Pr Olivier Hanon : Le risque de carence augmente avec l’âge et en particulier après 65 ans.
Et il est intéressant à cet âge-là de prescrire des dosages pour corriger d’éventuelles carences. La supplémentation n’est nécessaire qu’en cas de carence. Ces suppléments vitaminiques sont bien tolérés. Ils n’entraînent pas d’effet secondaire notable. En cas d’apport excessif, l’excédent est éliminé par voie urinaire.
TLM : Quels sont les aliments riches en folates qu’il faut consommer pour réduire le risque de carence ?
Pr Olivier Hanon : Les légumes à feuilles sont riches en folates, laitue, mâche, choux, épinards, cresson, poireaux, artichauts, asperges, tout comme les légumineuses, lentilles, graines, haricots verts, petits pois. La levure, les melons contiennent également de l’acide folique… Une alimentation riche en fruits et légumes, pour les personnes en bonne santé, apporte suffisamment d’acide folique. Cependant, avec le développement des fast-foods, les jeunes mangent moins de fruits et légumes, avec un risque accru de carence dans cette population normalement protégée. Il faut conseiller, à tout âge, une alimentation diversifiée.
Propos recueillis
par le Dr Clémence Weill ■
Références
• Y Wang et al. The effect of folic acid in patients with cardiovascular disease: A systematic review and meta-analysis. Medicine (Baltimore). 2019 Sep;98(37):e17095. • X Zhang et al. The Association Between Folate and Alzheimer’s Disease: A Systematic Review and Meta-Analysis. Front Neurosci. 2021 Apr 14:15:661198. • Z Wang et al. B vitamins and prevention of cognitive decline and incident dementia: a systematic review and meta-analysis. Nutr Rev. 2022 Mar 10;80(4):931-949.





