Pr Odile Launay : Prévention des infections invasives à méningocoques
Discipline : Infectiologie
Date : 10/07/2025
Face à la flambée des cas, le ministère de la Santé intensifie la stratégie vaccinale auprès des enfants de moins de 5 ans et des 11-24 ans. Le point avec le Pr Odile Launay, infectiologue à l’hôpital Cochin à Paris et directrice du Centre d’investigation clinique en vaccinologie.
TLM : Comment contracte-t-on ces infections ? Sont-elles toujours très graves ?
Pr Odile Launay : Il existe plusieurs types de méningocoques, les plus fréquents en France sont ceux des groupes B, A, C, W et Y. Ces bactéries sont normalement présentes dans la sphère ORL de nombreuses personnes. Elles peuvent se transmettre par voie aérienne ou par la salive. Le plus souvent, elles n’entraînent pas de maladies particulières mais dans certains cas, rares, elles traversent la muqueuse des voies respiratoires, circulent dans le sang et vont infecter le système nerveux central où elles provoquent des méningites : des maladies très graves et même mortelles dans 5 à 10 % des cas. Chez ceux qui survivent, 20 % présentent des séquelles invalidantes comme un déficit moteur, une surdité voire une amputation de membres...
TLM : Quels sont les symptômes qui doivent alerter ?
Pr Odile Launay : Essentiellement une fièvre élevée, des céphalées, des vomissements ou d’autres troubles digestifs. Dans les formes les plus graves apparaissent une ou plusieurs taches rouges ou violacées sur le corps : c’est le purpura fulminans. Il faut insister sur l’aggravation extrêmement brutale de ces infections.
Le purpura fulminans va se dégrader très rapidement et il nécessite un traitement antibiotique en urgence avant même de faire les prélèvements pour savoir quel est le méningocoque en cause. Le pronostic dépend de la rapidité de mise en place du traitement antibiotique.
TLM : Ces derniers mois, on a noté une recrudescence de ces infections. Quelle est leur fréquence ? Quels sont les souches qui circulent le plus ?
Pr Odile Launay : Selon les données de surveillance, on constate une recrudescence des cas depuis 2023 (560 cas), confirmée en 2024 (615 cas) et début 2025 avec un niveau particulièrement élevé pour les mois de janvier et février 2025 (95 cas et 89 cas). Donc, depuis plus de deux ans, on assiste à une augmentation de l’incidence. Il s’agit peut-être d’une conséquence de la Covid 19 mais aussi de la forte épidémie de grippe durant l’hiver 2024-2025. Outre l’augmentation des cas, c’est la recrudescence des sérogroupes W et Y qui inquiète les autorités sanitaires. Le méningocoque B reste très important en nombre, mais si on additionne les cas liés au méningocoque W et Y, ils deviennent supérieurs au nombre de cas provoqués par le B.
TLM : Face à la flambée des cas, le ministère de la santé a intensifié en avril dernier la stratégie vaccinale. Quelles sont les nouvelles recommandations pour les nourrissons ?
Pr Odile Launay : En effet, le ministère de la Santé a saisi la HAS pour examiner en particulier l’opportunité d’un rattrapage de la vaccination contre les méningocoques B et ACWY chez les enfants nés avant le 1er janvier 2018 (début de l’extension de l’obligation vaccinale). Il faut rappeler qu’avant 2025, seul le vaccin contre le méningocoque C était obligatoire pour les enfants nés à partir du 1 er janvier 2018. Ensuite, en 2021, il y a eu une recommandation en faveur du vaccin contre le méningocoque B mais il ne s’agissait pas d’une obligation. Les dernières recommandations rendent obligatoires tous les vaccins contre les infections à méningocoques pour tous les enfants de moins de deux ans. Ils doivent être vaccinés contre toutes les souches de méningocoques, autrement dit B et ACWY. Il faut noter qu’après deux ans et jusqu’à 5 ans, cette vaccination est seulement recommandée. La vaccination contre les méningocoques ACWY remplace la vaccination contre les méningocoques C, qui était obligatoire entre le 1 er janvier 2018 et le 31 décembre 2024.
TLM : Qu’en est-il des recommandations pour les adolescents et jeunes adultes ?
Pr Odile Launay : Il y a une recommandation de vacciner les adolescents et jeunes adultes : mais ce n’est pas une obligation. La vaccination ACWY est actuellement recommandée chez les adolescents de 11 à 14 ans. Elle est susceptible de les protéger pendant toute la période à risque de 15 à 24 ans, en raison de la durée prolongée de cette protection (dix années au moins). Les recommandations insistent sur la nécessité de mettre en œuvre le rattrapage vaccinal des 15 et 24 ans non encore vaccinés. Ce vaccin, qui regroupe plusieurs souches, pourra être administré dans les collèges, couplé à celui contre les papillomavirus.
TLM : Cette vaccination est-elle efficace ?
Pr Odile Launay : La vaccination est le moyen de prévention les plus efficace pour lutter contre ces méningites : la rendre obligatoire chez les enfants âgés de zéro à deux ans résulte d’une volonté des autorités de santé de protéger la population.
TLM : Combien de doses sont-elles nécessaires ? Cette vaccination est-elle remboursée pour toutes les tranches d’âge ?
Pr Odile Launay : La vaccination contre les méningocoques ACWY s’effectue avec une seule dose, quel que soit l’âge. Pour le méningocoque B, deux doses sont nécessaires, espacées d’au moins deux mois. Tous les vaccins sont remboursés, même s’ils ne sont pas obligatoires. Le vaccin contre le méningocoque B, dont la protection est de plus courte durée que celui contre les souches ACWY, n’est pas recommandé chez les adolescents et les jeunes adultes sauf en cas de survenue d’un foyer d’infections : néanmoins il est remboursé si le médecin ou les parents décident de le réaliser.
TLM : Quel est le rôle du médecin généraliste dans la prévention des infections invasives à méningocoques ?
Pr Odile Launay : Il a un rôle clef pour la vaccination dans son ensemble à tous les âges de la vie. Il est bien sûr en charge de mettre à jour les vaccins des enfants et des adolescents, même si ces derniers le consultent peu. Il a également un rôle de conseil auprès des parents. Et donc son rôle est extrêmement important dans la prévention des infections invasives à méningocoques.
Propos recueillis
par Brigitte Fanny Cohen ■





