• Pr Louis Hoffart : Pour réduire les récidives dans le traitement chirurgical du ptérygion

Louis Hoffart

Discipline : Ophtalmologie

Date : 10/07/2025


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Affection bénigne, fréquente dans les régions ensoleillées, le ptérygion est susceptible d’altérer la vision. Le Pr Louis Hoffart, ophtalmologue à Marseille, explique l’intérêt des membranes amniotiques dans le traitement chirurgical du ptérygion.

Une approche combinée à une autogreffe conjonctivale qui améliore les résultats, réduit le temps de récupération et minore le risque de récidive.

 

TLM : Qu’est-ce que le ptérygion et pourquoi doit-on ne pas le négliger ?

Pr Louis Hoffart : Le ptérygion est une prolifération conjonctivale qui envahit progressivement la cornée. Il s’agit d’une pathologie bénigne, mais potentiellement invalidante si elle atteint l’axe visuel. L’exposition chronique aux UV, les environnements poussiéreux ou irritants en sont les principaux facteurs favorisants. La lésion évolue souvent lentement, mais peut provoquer rougeur, irritation, astigmatisme, voire baisse d’acuité visuelle.

 

TLM : Quelles sont les modalités de prise en charge selon le stade d’évolution ?

Pr Louis Hoffart : Tant que la prolifération reste modérée, le traitement repose sur des collyres anti-inflammatoires et des larmes artificielles. En cas d’évolution ou de gêne fonctionnelle, une chirurgie est nécessaire. La résection simple n’est plus recommandée en raison d’un taux de récidive supérieur à 95 %. Une exérèse large, associée à une autogreffe conjonctivale prélevée sous la paupière supérieure, permet de réduire ce taux de récidive à 10 à 20 % selon les études.

 

TLM : Pourquoi associer une membrane amniotique à cette chirurgie ?

Pr Louis Hoffart : La membrane amniotique est placée sous l’autogreffe, selon une approche en millefeuille. Elle libère des facteurs anti-inflammatoires, cicatrisants et antalgiques. Ce complément permet de diminuer significativement les récidives, en particulier dans les formes inflammatoires agressives. Les taux chutent alors sous les 5 %. Les suites sont également plus confortables pour le patient : moins de douleur, moins d’inflammation, et une cicatrisation accélérée.

 

TLM : Quel type de membrane recommandez-vous en pratique ?

Pr Louis Hoffart : Deux options existent : les membranes cryopréservées, issues des banques de tissus, et les membranes lyophilisées, comme celles distribuées par Horus Pharma. Elles se conservent deux ans à température ambiante, ce qui permet de l’avoir immédiatement disponible au bloc.

Cela simplifie considérablement l’organisation, notamment en cas de geste non anticipé.

 

TLM : Quel bénéfice offre la colle biologique dans cette procédure ?

Pr Louis Hoffart : La colle biologique remplace avantageusement les sutures. Elle réduit l’inflammation, accélère le geste chirurgical et améliore le confort post-opératoire. Son coût (environ 100 euros) peut représenter un frein, mais lorsqu’elle est accessible, elle est préférée à la suture traditionnelle, plus inflammatoire et moins bien tolérée.

 

TLM : Quelles sont vos recommandations en postopératoire ?

Pr Louis Hoffart : Le protocole comprend des collyres antibiotiques, anti-inflammatoires et cicatrisants pendant environ deux à quatre semaines. Grâce à la membrane amniotique et à la colle, la convalescence est nettement plus simple. Les douleurs postopératoires sont minimes, et les patients récupèrent rapidement.

 

TLM : Existe-t-il des complications à surveiller ?

Pr Louis Hoffart : Les complications sont rares. Un granulome peut apparaître, mais cela reste exceptionnel. La membrane agit comme un pansement biologique, avec une excellente tolérance. En présence d’un aspect clinique atypique, une analyse histologique permet d’écarter une tumeur conjonctivale mimant un ptérygion.

 

TLM : Quels sont les principaux facteurs de récidive connus ?

Pr Louis Hoffart : L’exposition aux UV est un facteur déterminant. Le port de lunettes de soleil est donc essentiel, notamment dans nos régions. La technique opératoire influe également : une exérèse trop limitée ou une greffe mal positionnée augmentent le risque de récidive. Certaines formes inflammatoires sont aussi plus récidivantes.

 

TLM : Les données de la littérature soutiennent-elles ces approches ?

Pr Louis Hoffart : Oui, de nombreuses études confirment ces résultats. La résection simple expose à des récidives dans plus de 90 % des cas. L’autogreffe conjonctivale seule réduit ce taux à 10-20 %. L’ajout de la membrane amniotique permet de passer sous les 5 %, tout en améliorant le confort et la cicatrisation. Les membranes lyophilisées sont utilisées depuis 2017, avec un recul désormais suffisant.

 

TLM : Quelles sont les évolutions technologiques en cours ?

Pr Louis Hoffart : Une avancée récente concerne l’utilisation de membranes issues du cordon ombilical. Ce tissu, plus épais (environ 1 mm contre 100 microns pour l’amniotique), offre une meilleure résistance mécanique. Il est déjà utilisé dans certaines reconstructions complexes, notamment en cas de perforation oculaire ou en chirurgie palpébrale. Ces produits restent encore peu disponibles, mais ouvrent des perspectives intéressantes dans les indications plus lourdes.

 

TLM : Quel rôle peut jouer le médecin généraliste dans la prise en charge du ptérygion ?

Pr Louis Hoffart : Le médecin généraliste doit orienter à bon escient. Un œil rouge chronique ou une lésion conjonctivale persistante justifie une évaluation spécialisée. Le généraliste participe aussi à la prévention en informant sur l’importance de porter des lunettes de soleil.

 

TLM : En conclusion ?

Pr Louis Hoffart : Le ptérygion est parfois banalisé, mais il peut entraîner des complications fonctionnelles sérieuses. Grâce aux techniques modernes — autogreffe conjonctivale, membrane amniotique, colle biologique —, il est possible d’obtenir des résultats stables, bien tolérés et esthétiquement satisfaisants. La collaboration entre généralistes et ophtalmologistes reste essentielle pour un diagnostic précoce et une prise en charge optimale.

Propos recueillis

par Zoé Levenez

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