• Pr Laurent Misery : L’acné légère à modérée et l’échelle de ses traitements

Laurent Misery

Discipline : Dermatologie

Date : 10/10/2025


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Toilette à base de produits doux, crèmes aux acides de fruits, antibiothérapie locale ou per os…

 

Le Pr Laurent Misery, chef du service de Dermatologie du CHU de Brest, rappelle la conduite à tenir pour traiter l’acné légère à modérée, qui empoisonne la vie de millions d’adolescents.

 

TLM : Comment définit-on l’acné légère à modérée ?

Pr Laurent Misery : L’acné est une maladie de peau qui est due à une sécrétion excessive de sébum qui vient obstruer les pores de la peau et entraîne la formation de points noirs (comédons ouverts) ou points blancs (comédons fermés ou « microkystes ») qui, sous l’effet d’un déséquilibre du microbiome en faveur des corynébactéries, s’enflamment et deviennent des papules (non purulentes) et/ou des pustules (purulentes).

Dans l’acné légère, ces manifestations sont peu nombreuses et peu inflammatoires ; dans l’acné modérée, ces lésions sont plus nombreuses. Elles touchent principalement le visage, mais peuvent s’étendre aux épaules et au dos. L’importance de l’expansion n’est cependant pas un élément qui permet de définir le degré de sévérité.

 

TLM : On pointe souvent l’alimentation, notamment le sucre, comme facteur de risque d’acné. Qu’en est-il ?

Pr Laurent Misery : Contrairement à une idée assez répandue, l’alimentation a peu d’influence sur l’acné. Une seule exception, à nuancer toutefois : les produits laitiers lorsqu’ils sont consommés en excès. A raison de trois produits laitiers par jour comme le conseillent les autorités de santé et sociétés savantes, cela ne pose pas de problème, mais quelqu’un qui mangerait dix yaourts par jour pourrait voir une acné apparaître et/ou s’aggraver.

 

TLM : Quels sont les principaux facteurs de risque dans ce cas ?

Pr Laurent Misery : La génétique est le principal facteur de risque d’acné, mais on ne parle pas d’une transmission autosomique dominante, les choses sont beaucoup plus complexes, il s’agit plutôt d’une hérédité multifactorielle : on hérite d’une hypersensibilité des glandes sébacées aux androgènes et à certains facteurs environnementaux. Parmi ces derniers, on sait que les perturbateurs endocriniens, de plus en plus présents dans notre environnement, notamment dans les produits alimentaires ultra-transformés et dans les cosmétiques, favorisent le développement de l’acné et aggravent la maladie. J’invite aussi tout un chacun, et en particulier les jeunes, à bien lire la composition des produits de maquillage qu’ils achètent, ou au moins à les tester, et à ne pas les choisir trop gras ni occlusifs.

Enfin, un autre facteur de risque et non des moindres, c’est le stress : les périodes d’examen l’illustrent bien, avec souvent une flambée d’acné chez les adolescents.

 

TLM : Le médecin généraliste est-il habilité à diagnostiquer et traiter une acné légère à modérée ?

Pr Laurent Misery : Dans la mesure où il s’agit d’une maladie de peau fréquente, les médecins généralistes connaissent bien l’acné et sont régulièrement confrontés à des patients qui en sont atteints. Mais avec l’allègement des programmes d’enseignement, ils risquent de moins bien la connaître…

Donc oui pour poser le diagnostic, mais je les encourage à adresser leurs patients au dermatologue qui est plus à même de savoir quel traitement est le plus adapté parmi l’éventail thérapeutique.

 

TLM : Justement, en quoi consiste la prise en charge des patients souffrant d’acné légère à modérée ?

Pr Laurent Misery : Que l’acné soit légère ou modérée, les patients doivent nettoyer leur peau tous les jours avec un produit doux — surtout pas un produit gras ni irritant. Dans un premier temps, on peut leur proposer des crèmes à base d’acides de fruits (AHA, BHA) dont l’effet principal est d’empêcher l’obstruction des pores de la peau. Ces produits sont disponibles sans ordonnance. Si cela s’avère insuffisant, un traitement local à base d’antibiotiques (érythromycine ou clindamycine) est indiqué. Les rétinoïdes, qui sont des dérivés de la vitamine A, peuvent également être prescrits en application locale pour leur action anti-inflammatoire et leur capacité à déboucher les pores de la peau. Enfin, il est possible d’appliquer sur les lésions, à raison d’une fois par jour, du peroxyde de benzoyle : ce médicament topique cible les bactéries responsables de l’acné, contrôle l’inflammation et favorise l’élimination des cellules mortes de la peau, empêchant ainsi l’obstruction des pores.

 

TLM : Et que faire si ces traitements ne suffisent pas ?

Pr Laurent Misery : En cas d’échec, il convient d’abord de s’assurer que les traitements prescrits ont été bien suivis, ce qui n’est pas le cas dans près de la moitié des situations. Si les lésions persistent malgré une bonne observance thérapeutique ou si l’atteinte est assez étendue, un traitement systémique peut être envisagé en complément des traitements locaux. Il peut comprendre une antibiothérapie par voie orale à base de cyclines ou de clindamycine, pour une durée de trois mois. Il est également possible de recourir au gluconate de zinc, mais son efficacité est modeste. Pour les jeunes filles ou jeunes femmes, un traitement hormonal à base d’acétate de cyprotérone et d’éthynyl estradiol peut donner de très bons résultats.

Elles peuvent également consulter leur gynécologue pour se faire prescrire une pilule progestative dominante à base de lévonorgestrel (deuxième génération) en première intention, et de norgestimate (deuxième génération) en seconde intention et comportant une autorisation de mise sur le marché pour la contraception chez la femme présentant une acné. Enfin, la spironolactone, un diurétique épargneur de potassium, en réduisant la production de sébum grâce à son action antiandrogénique, représente une alternative intéressante pour les femmes. On rappelle que l’isotrétinoïne est réservée aux formes sévères d’acné.

 

TLM : Comme toute maladie de peau, l’acné, même légère, peut s’avérer stigmatisante et entamer l’estime de soi. Faut-il prévoir un soutien psychologique ?

Pr Laurent Misery : Vous avez raison, le retentissement psychologique de cette dermatose peut être parfois très important, même lorsque l’atteinte n’est pas sévère. Il convient donc de rechercher systématiquement des signes de dépression et d’idées suicidaires, et de proposer une prise en charge adaptée le cas échéant.

Propos recueillis

par Amélie Pelletier

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