Pr François Haab : Syndrome génito-urinaire de la ménopause : Débanaliser pour mieux trait
Discipline : Gynécologie, Santé de la Femme
Date : 10/10/2025
Le syndrome génito-urinaire de la ménopause (SGUM) touche de nombreuses patientes, souvent en silence. Trop banalisé, il peut pourtant altérer la qualité de vie et avoir un impact sur la santé globale.
Le Pr François Haab, chirurgien urologue à l’hôpital Américain de Paris, décrypte les mécanismes physiopathologiques en cause et les traitements disponibles.
TLM : Comment définir le syndrome génito-urinaire de la ménopause (SGUM) et quelles sont ses manifestations les plus courantes ?
Pr François Haab : Ce syndrome associe des troubles urinaires et génitaux liés à la carence œstrogénique et au vieillissement tissulaire. Sur le plan urinaire, les patientes présentent souvent une urgenturie, parfois un syndrome d’hyperactivité vésicale, et plus rarement une incontinence à l’effort. Du côté génital, la sécheresse vaginale est fréquente et peut s’accompagner de douleurs pendant les rapports. Une recrudescence des infections urinaires récidivantes complète souvent le tableau.
Ces symptômes s’installent de façon progressive, ce qui retarde la consultation — et donc le diagnostic — dans de nombreux cas.
TLM : Quelle est la fréquence de ce syndrome et quelles sont les patientes concernées ?
Pr François Haab : Il reste difficile d’avancer des chiffres précis, car ces symptômes apparaissent aussi avant la ménopause et peuvent s’aggraver avec la chute hormonale.
Les études estiment la prévalence de l’hyperactivité vésicale autour de 15 % et celle de l’incontinence entre 10 et 15 %, mais ces valeurs varient beaucoup. Le risque augmente avec la durée d’exposition à la carence hormonale. Certains facteurs aggravants sont connus : tabagisme, traitements oncologiques, habitudes d’hygiène inadaptées et perte de tonicité musculaire.
TLM : Quels mécanismes physiopathologiques expliquent l’apparition de ces troubles ?
Pr François Haab : La baisse des œstrogènes entraîne une modification de la trophicité vaginale et de l’équilibre vésico-sphinctérien. Le sphincter urinaire devient moins efficace, les tissus se relâchent en raison d’une altération du collagène, et des phénomènes de rétention hydrique apparaissent, favorisant notamment la nycturie. Ces modifications ne sont pas seulement inconfortables : elles s’inscrivent dans une véritable transformation structurelle. Quant au microbiote, les données restent insuffisantes pour en déterminer le rôle exact.
TLM : Comment différencier le SGUM d’autres pathologies urinaires ou génitales ?
Pr François Haab : Le contexte et la chronologie sont essentiels. Lorsque les symptômes apparaissent lentement, sur plusieurs mois ou années, chez une femme ménopausée, le diagnostic est probable. En revanche, une survenue rapide, en quelques semaines, impose une vérification. Une tumeur de vessie peut se présenter par des envies pressantes ou une pollakiurie. Dans ce cas, des examens simples comme un ECBU, une échographie pelvienne, voire une consultation spécialisée, sont indispensables. Il ne faut jamais conclure trop vite à une origine hormonale sans avoir éliminé un diagnostic plus grave.
TLM : Quels traitements permettent de soulager les troubles urinaires ?
Pr François Haab : Les anticholinergiques tels que la solifénacine ou la fésothéroline agissent efficacement sur la vessie hyperactive. Une prescription en cure de quelques mois suffit souvent pour améliorer le quotidien. La rééducation périnéale aide à renforcer les muscles du plancher pelvien, à retarder le besoin d’uriner et à prévenir les fuites.
Cette approche reste utile à tout âge. Il ne faut pas hésiter à y recourir même plusieurs années après les grossesses.
TLM : Comment restaurer les tissus et prévenir les infections ?
Pr François Haab : L’œstrogénothérapie locale constitue une solution de référence. Deux applications hebdomadaires suffisent pour améliorer la trophicité des muqueuses, réduire les douleurs et prévenir les cystites récidivantes. Une étude ancienne mais toujours pertinente, publiée dans le New England Journal of Medicine, a montré une réduction de moitié des infections urinaires sous traitement vaginal. Ce traitement est bien toléré, y compris chez des patientes ayant eu un cancer hormonodépendant, sous réserve d’un accord avec l’oncologue.
Certaines femmes refusent néanmoins les hormones, par principe ou par crainte. Le laser vaginal à l’erbium constitue une alternative non médicamenteuse intéressante. Trois séances espacées d’un mois, puis une séance d’entretien tous les dix-huit mois permettent de restaurer les tissus et d’améliorer les symptômes, en particulier la sécheresse et l’hyperactivité vésicale.
D’autres techniques comme la radiofréquence, l’acide hyaluronique ou le plasma enrichi en plaquettes sont encore en cours d’évaluation.
TLM : Les probiotiques ont-ils un intérêt dans cette prise en charge ?
Pr François Haab : Les études sont encore limitées, mais les patientes apprécient ces produits, perçus comme naturels et sans danger. Certains probiotiques pourraient participer à la restauration de la flore protectrice. Leur usage peut s’envisager en complément, notamment en cas de refus des traitements hormonaux.
TLM : Quels messages clés adresser aux médecins généralistes ?
Pr François Haab : Ces troubles ne relèvent pas du confort, mais de la santé. Ils altèrent la vie sociale, la sexualité et le bien-être psychologique. Une patiente ménopausée qui présente une gêne urinaire ou vaginale persistante doit bénéficier d’une évaluation. Toute symptomatologie récente impose un contrôle pour éliminer une cause organique. Ensuite, il convient de proposer des solutions, simples et bien tolérées. Ces options existent et permettent de maintenir une qualité de vie satisfaisante. À 50 ans, une femme est à la moitié de sa vie : la prise en charge de ces troubles est par conséquent un enjeu de santé publique.
TLM : Pourquoi insistez-vous sur l’importance d’un changement de perception ?
Pr François Haab : Parce que la société banalise encore ces symptômes. Les publicités pour les protections urinaires véhiculent un message dangereux : « Soyez discrète », suggèrent-elles en quelque sorte… Ce n’est pas acceptable. Les fuites urinaires se corrigent. Il faut inciter les femmes à consulter et encourager les professionnels à prendre en charge ces situations. Favoriser la parole, c’est aussi lutter contre le repli social et la perte de confiance.
Propos recueillis
par Zoé Levenez ■





