• Pr Brigitte Sallerin : L’éducation thérapeutique, un pilier de la prise en charge de l’HTA

Brigitte Sallerin

Discipline : Cardiologie

Date : 10/10/2025


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Déterminante dans le suivi de l’hypertension artérielle — au même titre que la compliance au traitement qui en est l’un des objectifs —, l’éducation thérapeutique du patient apporte des bénéfices individuels en rendant le patient acteur de sa santé, mais aussi collectifs, par la réduction des coûts de santé qu’elle occasionne, affirme le Pr Brigitte Sallerin, pharmacien à Toulouse.

 

TLM : En quoi consiste l’éducation thérapeutique dans la prise en charge de l’hypertension artérielle ?

Pr Brigitte Sallerin : L’ETP est un pilier de la prise en charge de l’hypertension.

Souvent, quand un patient arrive en consultation, il sait qu’il a « trop de tension » , mais il ne mesure pas vraiment ce que cela signifie pour sa santé.

L’ETP, c’est justement ce temps que nous prenons pour l’aider à comprendre sa maladie : pourquoi la pression artérielle s’élève, quels risques elle entraîne, et surtout ce qu’il peut faire concrètement pour la contrôler. L’éducation thérapeutique, c’est également redonner confiance. Beaucoup de patients pensent qu’ils subissent leur traitement. Nous les aidons à devenir acteurs : comprendre pourquoi tel médicament est prescrit, savoir comment bien le prendre, et découvrir qu’en respectant leur traitement et en modifiant leur mode de vie, ils peuvent réellement diminuer leurs risques de complications cardiovasculaires.

 

TLM : Comment se déroule le programme au CHU de Toulouse ?

Pr Brigitte Sallerin : Au CHU de Toulouse, les ateliers sont organisés sur une journée, par une équipe pluriprofessionnelle composée d’un médecin, une diététicienne, un kinésithérapeute, une infirmière, un pharmacien et un sexologue. Le programme débute par un entretien de diagnostic éducatif qui vise à évaluer les besoins et les attentes du patient et ses possibilités d’apprentissage. Mené par une infirmière, cet entretien individuel dure 45 minutes.

Suivent des ateliers d’ETP à proprement parler, collectifs et obligatoires, d’une durée d’une heure chacun : le premier, animé par le médecin, a pour but d’expliquer la physiopathologie de l’hypertension, d’informer le patient sur les facteurs favorisants, de lui indiquer les organes à risque, etc. Améliorer la prise médicamenteuse, gérer les situations de déséquilibre et connaître les interactions médicamenteuses sont les objectifs du deuxième atelier animé par le pharmacien. La diététicienne, quant à elle, explique aux patients l’intérêt de réduire leur consommation de sel à 6 g/jour et comment le mettre en pratique. Après une pause déjeuner, les patients apprennent à mesurer eux-mêmes leur pression artérielle au cours d’un atelier collectif d’automesure animé par une infirmière, puis cette dernière s’assure qu’ils ont bien compris les consignes lors d’une évaluation individuelle. C’est un kinésithérapeute qui est chargé de faire comprendre aux participants les bénéfices de l’activité physique et de mettre en place un programme personnalisé. L’impact sur la sexualité, une question souvent taboue et insuffisamment abordée lors des consultations médicales, fait aussi l’objet d’un atelier collectif. La journée se clôture par un entretien individuel de synthèse au cours duquel l’infirmière va évaluer les acquis et formaliser les objectifs du patient.

 

TLM : Pourquoi proposer des ateliers collectifs plutôt que des entretiens individuels ?

Pr Brigitte Sallerin : Les ateliers collectifs créent une dynamique très forte. Quand un patient entend un autre raconter qu’il a réussi à arrêter le tabac ou à stabiliser sa tension grâce à l’activité physique, il se dit : « Moi aussi, je peux y arriver »… C’est un espace d’échange qui motive et qui soutient.

 

TLM : Tous les patients hypertendus peuvent-ils bénéficier d’un programme d’ETP ?

Pr Brigitte Sallerin : En général, nous accueillons des patients qui nous sont adressés par l’équipe médicale de l’hôpital parce qu’ils présentent une hypertension à haut risque cardiovasculaire, soit parce qu’ils résistent au traitement, soit parce que la cause de leur hypertension n’a pas été identifiée (on parle d’hypertension artérielle essentielle).

 

TLM : Quelles sont les principales difficultés que vous observez lors de l’atelier que vous animez ?

Pr Brigitte Sallerin : Les patients sont souvent un peu perdus vis-à-vis des génériques : on leur explique alors ce que sont ces médicaments et comment bien lire leur notice. L’atelier est une mise en situation, on demande donc aux patients de venir avec leur ordonnance et de nous indiquer s’ils connaissent les médicaments qui leur ont été prescrits, s’ils en connaissent la classe thérapeutique, s’ils ont compris leur mode d’action…

Généralement, on s’appuie sur des explications imagées, comme la plomberie pour les inhibiteurs calciques. On sait désormais l’intérêt des associations médicamenteuses fixes dans la compliance au traitement, c’est l’occasion d’y revenir. On rencontre aussi des problèmes de compliance thérapeutique avec d’autres médicaments que ceux indiqués dans l’hypertension artérielle, que n’évoquent pas les patients à leur médecin et qui peuvent pourtant avoir une incidence sur la prise en charge de leur HTA ; ou des patients qui interrompent leur traitement sans le dire à leur médecin parce qu’ils soupçonnent un médicament d’être à l’origine de leur prise de poids… alors que ce sont les cinq capuccinos bourrés de sucres qu’ils consomment à côté qui sont en cause ! Ces ateliers sont l’occasion de remettre les choses à plat.

 

TLM : Quels sont les bénéfices de l’ETP ?

Pr Brigitte Sallerin : Ils sont à la fois individuels et collectifs. À titre collectif, ils réduisent les coûts de prise en charge. À titre individuel, un patient hypertendu qui participe à un atelier d’éducation thérapeutique découvre peu à peu qu’il n’est plus seulement « malade », mais acteur de sa propre santé. Au fil des séances, il apprend à comprendre ce qui se joue dans son corps, il se familiarise avec son traitement et prend confiance dans sa capacité à surveiller sa tension au quotidien. Dans le même temps, il explore de nouvelles habitudes : ajuster son alimentation, bouger davantage, apprivoiser le stress.

Les ateliers ne sont pas qu’un lieu d’apprentissage technique ; ils deviennent aussi un espace d’échange où les patients partagent leurs expériences, leurs réussites et leurs difficultés. Ce soutien mutuel allège le poids de la maladie, redonne de la motivation et renforce le moral. Peu à peu, le patient améliore son observance thérapeutique et, surtout, gagne en qualité de vie. L’éducation thérapeutique, loin d’être un simple complément, devient ainsi un véritable levier pour mieux vivre avec l’hypertension.

Propos recueillis

par Jeanne Labrune

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