• Pr Bertrand Fougère : Vaccination contre la grippe : Importance pour les patients de plus

Bertrand Fougère

Discipline : Infectiologie

Date : 10/10/2025


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La nouvelle campagne de vaccination antigrippale devrait être marquée par l’apparition de deux nouveaux vaccins spécialement adaptés à la population des 65 ans et plus.

 

Une excellente nouvelle pour les soignants et les patients, estime le Pr Bertrand Fougère, gériatre et responsable du pôle Vieillissement du CHRU de Tours, qui revient sur les enjeux de la lutte contre la grippe.

 

TLM : Pourquoi la grippe reste-t-elle un problème de santé publique majeur chez les plus de 65 ans ?

Pr Bertrand Fougère : La grippe est souvent banalisée car elle est perçue comme une infection hivernale fréquente, mais chez les personnes âgées elle représente un véritable enjeu de santé publique. Le système immunitaire s’affaiblit avec l’âge — c’est ce que l’on appelle l’immunosénescence. Cette diminution de la réponse immunitaire rend les séniors plus vulnérables, tant face à l’infection initiale que face aux complications. En France, environ 90 % des décès liés à la grippe concernent des personnes de 65 ans et plus. Les hospitalisations sont également très fréquentes dans cette tranche d’âge.

 

TLM : Quelles sont les principales complications observées chez ces patients ?

Pr Bertrand Fougère : La grippe peut déstabiliser un équilibre fragile. Les complications respiratoires sont les plus connues : pneumonies virales directes, mais aussi pneumonies bactériennes secondaires, souvent dues au pneumocoque ou au staphylocoque doré. Mais, au-delà, nous constatons des décompensations de pathologies chroniques. Chez les patients souffrant d’insuffisance cardiaque ou de bronchopneumopathie chronique obstructive (BPCO), un épisode grippal peut entraîner une aggravation rapide, parfois irréversible. La grippe peut aussi être un déclencheur d’événements cardiovasculaires aigus, comme l’infarctus du myocarde ou l’accident vasculaire cérébral.

 

TLM : Y a-t-il des effets à long terme ?

Pr Bertrand Fougère : Absolument. Au-delà de la phase aiguë, nous observons ce que l’on pourrait appeler un « syndrome post-grippal » chez les sujets âgés. Fatigue persistante, perte d’autonomie, difficultés à reprendre les activités quotidiennes… Ces séquelles peuvent durer plusieurs semaines. Elles sont particulièrement préoccupantes en gériatrie, car une perte de mobilité temporaire peut entraîner une dépendance durable, voire l’entrée en institution.

La grippe agit donc comme un facteur accélérateur de fragilité.

 

TLM : La vaccination est-elle toujours la meilleure arme pour prévenir ces conséquences ?

Pr Bertrand Fougère : Oui, sans ambiguïté. La vaccination antigrippale réduit de façon significative le risque d’hospitalisation et de décès, même si l’efficacité peut sembler moindre avec l’âge à cause de l’immunosénescence. Chez les plus de 65 ans, la Haute Autorité de santé préconise désormais d’utiliser de façon préférentielle des vaccins adaptés : vaccins à haute dose ou vaccins adjuvantés, qui améliorent la réponse immunitaire. Cela fait plusieurs années qu’ils sont autorisés dans d’autres pays européens. En France, ils le sont depuis mai 2025, après que les laboratoires pharmaceutiques ont apporté les preuves médico-économiques exigées par les autorités de santé, on va donc pouvoir y recourir lors de la campagne de vaccination antigrippale qui débute le 14 octobre.Comment fonctionnent ces nouveaux vaccins ? u Le vaccin à haute dose contient une dose quatre fois plus élevée de l’antigène ciblé par le vaccin, tandis que le vaccin adjuvanté contient un adjuvant à base de squalène. Recevoir l’un de ces deux vaccins permet donc de stimuler l’immunité chez des personnes chez qui elle est physiologiquement moins bonne, et d’augmenter ainsi la réponse immunitaire.

 

TLM : Les personnes moins âgées mais qui présentent des comorbidités ont-elles intérêt à recevoir l’un de ces vaccins ?

Pr Bertrand Fougère : Non,car elles n’en tireraient aucun bénéfice. La particularité de ces produits est vraiment de lutter contre l’immunosénescence, qui par définition ne concerne que les personnes à partird’un certain âge. C’est d’ailleurs pourquoi la recommandation est limitée aux 65 ans et plus.

 

TLM : Sont-ils aussi efficaces que les vaccins classiques ? Comportent-ils des risques ?

Pr Bertrand Fougère : Les études montrent qu’ils réduisent de 15 à 25 % le risque d’hospitalisation par rapport aux vaccins standards. Chez les plus de 65 ans, qui sont la population cible de ces deux vaccins, leur efficacité et leur tolérance sont comparables aux autres vaccins. Le seul risque est de ne pas se faire vacciner !

 

TLM : Pourtant, les taux de couverture vaccinale restent insuffisants. Comment l’expliquer ?

Pr Bertrand Fougère : En effet, ils stagnent autour de 54 % depuis plusieurs années, loin de l’objectif de 75 % visé par l’Organisation mondiale de la santé. Il existe plusieurs facteurs : la perception que « la grippe n’est pas grave », la méfiance vis-à-vis des vaccins en général, et parfois une lassitude après plusieurs campagnes de santé publique. Certains rapportent aussi avoir eu une grippe malgré la vaccination : sans doute faut-il leur expliquer que sans le vaccin, ils auraient peut-être développé une forme grave. Les études vont d’ailleurs dans ce sens : la vaccination divise par deux le risque de complications graves chez les séniors. En outre, se faire vacciner contre la grippe est vraiment simple et accessible à tous : tous les plus de 65 ans reçoivent un bon de vaccination, ils sont donc informés du lancement de la campagne. Il leur suffit de se rendre chez leur médecin ou en pharmacie pour se faire vacciner, sans aucune avance de frais : le pharmacien a pour consigne de leur proposer l’un des deux nouveaux vaccins. Peut-être ne sensibilisons-nous pas assez sur les risques associés à la non-vaccination ainsi que sur les bienfaits du vaccin… Les médecins ont tout intérêt à expliquer qu’il protège aussi contre les maladies cardiovasculaires (infarctus du myocarde, accident vasculaire cérébral), quelle que soit la saison, et que cet effet perdure au-delà de l’épidémie.

 

TLM : Pensez-vous que les soignants, qui sont eux-mêmes peu nombreux à être vaccinés, y ont une part de responsabilité ?

Pr Bertrand Fougère : Absolument ! Seuls 20 % d’entre eux sont vaccinés ! J’estime même que c’est une faute professionnelle que de ne pas se faire vacciner contre la grippe quand on est au contact de personnes fragiles et que l’on est censé inciter les patients à se protéger contre la grippe. Dans la mesure où la couverture vaccinale des soignants diminue d’année en année, je suis favorable à ce qu’elle devienne obligatoire.

Propos recueillis

par Amélie Pelletier

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