• Pr Benjamin Verillaud : La rhinopharyngite aiguë de l’adulte, une pathologie virale bénign

Benjamin Verillaud

Discipline : ORL, Stomatologie

Date : 10/10/2025


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Très fréquente en automne et en hiver, la rhinopharyngite aiguë est une infection virale bénigne qui ne relève pas du médecin ORL. Elle peut toutefois se compliquer en une infection bactérienne qui nécessite une antibiothérapie, rappelle le Pr Benjamin Verillaud, ORL et chirurgien cervico-facial à l’hôpital Lariboisière à Paris.

 

TLM : À quoi est due la rhinopharyngite aiguë de l’adulte ?

Pr Benjamin Verillaud : Il s’agit d’une infection virale du rhinopharynx, une cavité qui se trouve en arrière des fosses nasales, qui peut être provoquée par divers virus : adénovirus, virus influenzae, coronavirus, virus respiratoire syncytial (VRS)… Par abus de langage, on utilise souvent le terme de rhinopharyngite pour désigner l’association entre une rhinite et une pharyngite, soit une inflammation des fosses nasales et du pharynx.

 

TLM : Pourquoi y est-on plus sensible lorsque les températures baissent ? Attraper un « coup de froid » ne serait pas une vue de l’esprit…

Pr Benjamin Verillaud : Ces virus circulent toute l’année et peuvent tout à fait provoquer une rhinopharyngite aiguë au printemps ou en été. Mais deux facteurs expliquent pourquoi cette infection est tout de même saisonnière et survient principalement à l’automne et en hiver : le froid, qui modifie l’état de la muqueuse nasale et diminue l’immunité, ce qui favorise la contamination virale ; et la contagiosité des virus, qui profitent de la proximité interindividuelle plus importante lorsqu’il fait froid —les gens sont plus nombreux à se retrouver dans des lieux clos, et sont donc plus exposés aux virus des gens infectés qui se mouchent et toussent sans nécessairement appliquer correctement les gestes barrières.

 

TLM : Les personnes dont le système immunitaire est affaibli par une autre maladie sont-elles plus à risque ?

Pr Benjamin Verillaud : Non, la rhinopharyngite aiguë n’est pas une maladie de l’immunodéprimé.

 

TLM : Quels sont ses symptômes ?

Pr Benjamin Verillaud : Les premiers symptômes sont une fatigue, associée ou non à une petite fièvre (<38,5°C), et une sensation de tête lourde. Très rapidement surviennent les troubles rhinopharyngés à proprement parler qui se caractérisent par un mal de gorge, une obstruction nasale et une rhinorrhée. L’obstruction nasale peut être unilatérale, bilatérale ou affecter alternativement l’une ou l’autre narine — on parle d’obstruction à bascule.

L’écoulement nasal est clair au début et souvent abondant, obligeant les personnes malades à se moucher fréquemment, ce qui a pour effet d’irriter la peau du nez et de lèvre supérieure. Il devient ensuite plus épais, parfois verdâtre, reflétant la présence de cellules de desquamation de la muqueuse du nez. Il ne s’agit pas forcément d’un signe de surinfection bactérienne. D’autres symptômes peuvent apparaître à distance comme une toux et des ganglions au niveau du cou.

 

TLM : Le médecin généraliste et/ou traitant doit-il être consulté ?

Pr Benjamin Verillaud : Ce n’est absolument pas nécessaire. S’agissant d’une infection virale, son traitement ne relève pas des antibiotiques. En revanche, les patients peuvent soulager leur douleur avec du paracétamol en respectant les doses journalières recommandées. On conseille aussi de se laver le nez à l’aide d’une solution d’eau salée en vente libre en pharmacie. Si l’obstruction nasale est importante et affecte le sommeil, les patients peuvent aussi recourir aux vasoconstricteurs en spray pendant cinq jours.

Les vasoconstricteurs par voie orale, de même que les anti-inflammatoires, sont en revanche déconseillés : les premiers parce qu’ils ne sont pas anodins en cas de terrain cardiovasculaire fragile, les seconds par précaution en raison du risque potentiel de surinfection bactérienne auquel ils exposent.

 

TLM : Comment évolue une rhinopharyngite aiguë ? Combien de temps durent les symptômes ?

Pr Benjamin Verillaud : Entre cinq et 21 jours. Dans les cas les plus longs, c’est généralement la toux qui traîne un peu. Je le rappelle, la rhinopharyngite est une maladie bénigne qui évolue dans l’immense majorité des cas de façon favorable.

 

TLM : Quelles sont les complications à redouter ?

Pr Benjamin Verillaud : Chez l’adulte, la complication principale est la sinusite bactérienne rhinogène, autrement dit une complication de la rhinite liée à une surinfection bactérienne. Elle touche généralement les sinus maxillaires. Elle est causée par les bactéries commensales du nez, à savoir les pneumocoques et Haemophilus influenzae. Contrairement aux enfants, la rhinopharyngite aiguë n’entraîne qu’exceptionnellement une otite moyenne aiguë ou un adénophlegmon. La sensation d’oreille bouchée, très fréquente, n’est pas le signe d’une infection de l’oreille mais traduit une mauvaise aération de l’oreille moyenne par la trompe d’Eustache.

 

TLM : Vous dites qu’un écoulement nasal épais et verdâtre n’est pas un signe de surinfection. C’est pourtant ce qu’on entend fréquemment de la part de certains professionnels de santé…

Pr Benjamin Verillaud : Il n’empêche que c’est faux ! Comme je l’ai expliqué, un écoulement nasal épais traduit le plus souvent simplement la présence de cellules de la muqueuse nasale qui se sont décollées et qui peuvent colorer l’écoulement. Il ne s’agit alors pas de pus.

 

TLM : Quels sont, dans ce cas, les signes d’une surinfection au niveau des sinus ?

Pr Benjamin Verillaud : Une surinfection bactérienne est probable, si au moins deux ou trois des symptômes suivants sont présents : l’existence de douleurs sous-orbitaires pulsatiles, unilatérales et qui augmentent lorsque le patient se penche en avant ; la persistance de la douleur malgré un traitement symptomatique bien conduit pendant 48 heures ; et une rhinorrhée qui devient franchement purulente et surtout unilatérale.

 

TLM : Faut-il, dans ce cas, consulter son médecin ?

Pr Benjamin Verillaud : Oui, car seul un médecin peut prescrire une antibiothérapie nécessaire au traitement de la sinusite. L’antibiotique recommandé en première intention est l’amoxicilline par voie orale.

 

TLM : Dans quel cas a-t-on besoin de consulter un spécialiste ORL ?

Pr Benjamin Verillaud : La rhinopharyngite aiguë, même compliquée d’une sinusite, ne relève pas de l’ORL. La seule situation où le patient doit être adressé à un spécialiste est s’il persiste depuis plus de trois semaines des signes tels qu’une obstruction nasale, ou un écoulement purulent ou sanglant. À l’aide d’un endoscope, le médecin ORL pourra aller vérifier si la cause n’est pas une tumeur. Mais cette situation reste exceptionnelle.

Propos recueillis

par Charlotte Montaret

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