• Dr Vincent Villefranque : Les troubles des règles et leurs options thérapeutiques

Vincent Villefranque

Discipline : Gynécologie, Santé de la Femme

Date : 10/04/2025


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L’arsenal thérapeutique s’est beaucoup enrichi ces dernières années pour la prise en charge des troubles des règles.

Outre les traitements médicamenteux, des options chirurgicales mini-invasives sont désormais accessibles, rappelle le Dr Vincent Villefranque, chef de service de Gynécologie-Obstétrique à l’hôpital Simone-Veil - Groupe hospitalier Eaubonne-Montmorency (95).

 

TLM : Quels sont les principaux troubles menstruels rencontrés en pratique clinique ?

Dr Vincent Villefranque : Les troubles menstruels — irrégularités du cycle, ménorragies, syndrome prémenstruel, aménorrhées — constituent un motif fréquent de consultation gynécologique en urgence, notamment chez les femmes âgées de 40 à 50 ans. Malheureusement, ils sont souvent considérés comme une fatalité par les patientes, alors même qu’ils peuvent significativement altérer leur qualité de vie et, dans certains cas, affecter leur santé globale.

 

TLM : Comment évaluer l’abondance des menstruations et la douleur associée ?

Dr Vincent Villefranque : Une femme sur cinq souffre de règles abondantes ou ménorragies — à distinguer des métrorragies, les saignements intervenant hors périodes de menstruations. Elles motivent un tiers des consultations en gynécologie.

Une anémie peut en être la conséquence et se manifester par de la fatigue ou un essoufflement. Les ménorragies peuvent débuter avec les premières règles ou connaître une recrudescence avant la ménopause. Il est essentiel de quantifier précisément les pertes menstruelles pour identifier une éventuelle ménorragie. Le score de Higham est un outil validé permettant cette évaluation en fonction du nombre et du type de protections hygiéniques utilisées. Un score supérieur à 100 indique des saignements excédant 80 ml, seuil définissant la ménorragie. En présence de symptômes évocateurs, un interrogatoire détaillé, complété par ce score de Higham, est recommandé. Des examens complémentaires tels qu’une numération formule sanguine (NFS) et une échographie pelvienne peuvent être prescrits. Si nécessaire, des investigations supplémentaires comme l’IRM, l’hystéroscopie ou la biopsie endométriale seront envisagées en collaboration avec un spécialiste.

 

TLM : Quelles sont les causes fréquentes des ménorragies ?

Dr Vincent Villefranque : Les ménorragies résultent souvent de pathologies bénignes de la cavité utérine, notamment les polypes endométriaux, les fibromes ou des déséquilibres hormonaux entraînant une hyperplasie de l’endomètre.

Par ailleurs, des troubles de la coagulation peuvent être impliqués dans 15 à 20 % des cas.

 

TLM : Quels sont les traitements actuellement disponibles pour ces affections ?

Dr Vincent Villefranque : L’arsenal thérapeutique s’est considérablement enrichi ces dernières années. Outre les traitements médicamenteux tels que les hormonothérapies (contraceptifs oraux, dispositifs intra-utérins hormonaux, analogues de la GnRH), les antifibrinolytiques et les anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS), des options chirurgicales mini-invasives sont désormais accessibles. Par exemple, grâce à de nouveaux outils utilisables avec une simple anesthésie locale en ambulatoire, on pourra procéder à une thermoablation endométriale par radiofréquence ou à une ablation des lésions bénignes par morcellateur. Ce qui permet un traitement complet en moins d’une heure suivi d’un retour au domicile.

 

TLM : A partir de quand parle-t-on d’aménorrhée secondaire et quelles en sont les causes possibles ?

Dr Vincent Villefranque : L’aménorrhée secondaire se définit par l’absence de menstruations pendant plus de trois mois chez une femme antérieurement réglée et non ménopausée. Après avoir exclu une grossesse, on recherchera : • un dysfonctionnement hypothalamique, lié au stress chronique, à un choc émotionnel, à une activité physique intense ou à des troubles du comportement alimentaire ; • des variations pondérales significatives ; • la prise de certains médicaments, notamment antidépresseurs ; • et le syndrome des ovaires polykystiques (SOPK), très fréquemment rencontré en consultation.

 

TLM : Quels sont les troubles entraînés par le SOPK et comment les prendre en charge ?

Dr Vincent Villefranque : Le SOPK se caractérise par la présence de multiples kystes ovariens, ce qui peut entraîner une hyperandrogénie clinique — acné, hirsutisme, alopécie. Il peut se compliquer de troubles métaboliques — diabète, obésité, risque cardiovasculaire —, psychologiques et d’infertilité. La prise en charge repose sur des mesures hygiéno-diététiques visant une perte de poids de 5 à 10 %, ce qui peut atténuer la gravité des symptômes, y compris l’irrégularité des cycles menstruels. La pratique régulière d’une activité physique est également recommandée. Sur le plan pharmacologique, la prescription de contraceptifs oraux combinés permet de régulariser les cycles et de réduire l’hyperandrogénie.

Le syndrome prémenstruel (SPM) est également une plainte fréquente.

 

TLM : Comment se manifeste-t-il et quelle est sa prise en charge ?

Dr Vincent Villefranque : Le SPM associe des symptômes physiques et psychiques survenant en phase lutéale. Il se caractérise notamment par des mastodynies, une rétention hydrique avec prise de poids, des troubles de l’humeur — irritabilité, nervosité, dépression —, des troubles du comportement alimentaire, des ballonnements abdominaux, des céphalées et des perturbations du sommeil. Ces manifestations altèrent significativement la qualité de vie des patientes. Sur le plan physiopathologique, le SPM est caractérisé par une hyperœstrogénie relative et un déficit en progestérone en seconde partie de cycle. La prise en charge vise donc à rééquilibrer ces désordres hormonaux, notamment par la prescription de progestatifs en phase lutéale ou de contraceptifs oraux combinés.

 

TLM : En conclusion, quel message souhaitez-vous faire passer aux femmes concernées par ces troubles menstruels ?

Dr Vincent Villefranque : Il est primordial que les femmes sachent que des solutions existent pour chaque trouble menstruel. Ces affections, souvent liées à des pathologies identifiables, peuvent être diagnostiquées et traitées de manière ciblée. Il ne faut pas hésiter à consulter un professionnel de santé pour bénéficier d’une prise en charge adaptée.

Propos recueillis

par Odile Pouget

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