• Dr Samy Taha : Prévention des infections invasives à méningocoques

Samy Taha

Discipline : Infectiologie

Date : 10/10/2025


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Depuis le 1er janvier 2025, plusieurs nouvelles recommandations ont été émises par la Haute Autorité de santé concernant ces infections.

 

Ainsi, le vaccin contre le méningocoque B est désormais obligatoire pour tous les nourrissons. Décryptage de ces nouveautés avec le Dr Samy Taha, médecin généraliste et chercheur au Centre de référence sur les Méningocoques et l’Haemophilus influenzae à l’Institut Pasteur.

 

TLM : Quelle est la fréquence des infections invasives à méningocoques ?

Dr Samy Taha : L’épidémiologie des infections invasives à méningocoques a beaucoup changé au cours des dernières années. Pendant longtemps, en France, en moyenne 450 cas étaient diagnostiqués chaque année, avec cependant un taux de mortalité de 10 %. Avec la pandémie de Covid, du fait des mesures de distanciation sociale, de port de masque, de confinement, le nombre de cas a chuté, avec par exemple moins de 100 cas en 2021. Mais la fréquence de la maladie a très vite réaugmenté après le Covid, avec un nombre de cas supérieur à ce qu’il était avant la pandémie. Pour la seule année 2024, 616 cas ont été déclarés en France et les chiffres pour 2025 seront sans doute encore plus élevés. Il faut savoir qu’entre 7 et 10 millions de Français sont en permanence porteurs d’un méningocoque, notamment au niveau pharyngé, sans pour autant développer une infection invasive. Ce qui s’est passé, vraisemblablement, c’est qu’il y a eu une baisse de la circulation des méningocoques pendant la pandémie, avec moins de partage et de portage. Puis, après la levée des mesures de distanciation sociale, la population plus « naïve » à ces bactéries s’est retrouvée plus susceptible à ces infections.

 

TLM : Quelles sont les tranches d’âge les plus concernées par ces infections invasives à méningocoques et à protéger en priorité ?

Dr Samy Taha : Trois pics sont classiquement décrits : le premier entre zéro et cinq ans, le second entre 15 et 25 ans et le troisième vers 80 ans et plus. Par ailleurs, les jeunes de 15 à 25 ans constituent la population-réservoir des méningocoques et sont largement responsables de la contamination des autres tranches d’âge. Du fait d’activités sociales denses, ils échangent plus facilement ces bactéries entre eux et sont plus nombreux à en être porteurs. Enfin, pour comprendre la stratégie de prévention par la vaccination, il faut savoir que 45 % des infections invasives à méningocoques sont dues au sérogroupe B, 30 % au sérogroupe W et 25 % au sérogroupe Y. Les infections par le sérogroupe C sont désormais marginales, avec moins de 2 % des infections, du fait de la vaccination de tous les nourrissons, obligatoire depuis 2018 contre ce sérogroupe. Depuis 2025, le vaccin contre le sérogroupe C a été remplacé par un vaccin quadrivalent, contre les sérogroupes ACWY.

 

TLM : Quelles sont les dernières recommandations vaccinales pour prévenir ces infections invasives à méningocoques ?

Dr Samy Taha : Depuis le 1er janvier 2025, plusieurs nouvelles recommandations ont été émises par la Haute Autorité de santé concernant ces infections. D’abord, le vaccin contre le méningocoque B est désormais obligatoire pour tous les nourrissons à trois mois et demi et douze mois. Jusqu’à présent, ce vaccin était seulement recommandé — sans être obligatoire. Par ailleurs, comme les infections par les sérogroupes W et Y ont fortement augmenté après la pandémie de Covid, au 1er janvier 2025, il a été décidé de remplacer la vaccination obligatoire contre le sérogroupe C par le vaccin quadrivalent contre les sérogroupes ACWY, pour tous les nourrissons avec deux injections à six et douze mois. Ce vaccin, effectué en Grande-Bretagne depuis 2015 chez les adolescents, a montré son efficacité pour prévenir les infections invasives liées à ces sérogroupes. A cet égard je souligne que pédiatres et médecins généralistes, s’ils ont bien conscience de l’obligation vaccinale concernant les nouveaux-nés, doivent également veiller à la complétude du schéma vaccinal notamment chez le nourrisson chez qui la troisième dose du vaccin contre le méningocoque B — qu’il faut pratiquer en respectant le schéma à 12 mois — reste insuffisamment administrée.

Enfin, dans la mesure où cette réaugmentation des infections invasives à méningocoques est liée aux adolescents et jeunes adultes, réservoir de ces bactéries, il a été décidé de recommander et de rembourser la vaccination des 15-25 ans, à la fois pour diminuer le portage et la circulation de ces bactéries, mais aussi pour les protéger de ces infections, avec une protection donc à la fois individuelle et collective. Depuis le 1 er janvier 2025, il est donc recommandé de faire un rappel avec le vaccin quadrivalent contre les méningocoques ACWY, entre 11 et 14 ans, avec une seule dose et avec une possibilité de rattrapage jusqu’à la veille des 25 ans.

 

TLM : Et pour la vaccination contre le méningocoque B, faut-il faire un rattrapage chez les adolescents également ?

Dr Samy Taha : En mars 2025, il y a eu une deuxième salve de recommandations concernant la vaccination contre le méningocoque B. Devant le fardeau lié à ces infections invasives à méningocoques B, qui représentent 62 % des cas chez les jeunes de 15 à 25 ans, il a été décidé de rembourser le vaccin dans cette tranche d’âge. Par ailleurs, toujours en 2025, la HAS a rappelé sa recommandation de renforcer la vaccination contre le méningocoque B avec un rattrapage vaccinal. Concernant les nourrissons il a été décidé d’étendre de manière transitoire le remboursement du vaccin contre ACWY jusqu’à l’âge de trois ans à ceux qui n’en avaient pas bénéficié, de même pour le vaccin contre le sérogroupe B, jusqu’à cinq ans.

 

TLM : Dans quelles circonstances la vaccination contre les infections invasives à méningocoques dans d’autres populations doit-elle être envisagée ?

Dr Samy Taha : Les infections invasives à méningocoques sont des maladies à déclaration obligatoire. Grâce à cette déclaration, il y a parfois des grappes de cas identifiées dans un espace géographique restreint. Par exemple, à Rennes, il y a quelques mois, plusieurs cas sont survenus dans une famille et dans une université. En 2024, à Grenoble, il y a eu plusieurs cas chez des étudiants qui pourtant ne se connaissaient pas. Des enquêtes ont été alors menées pour identifier les cas « contact » personnels, professionnels… et mettre en place une antibioprophylaxie et une vaccination. A Grenoble, cette enquête a permis d’identifier 4 000 étudiants potentiellement « cas contact » et qui ont pu être vaccinés. A Rennes, quelques cas sont survenus au sein d’une même famille et quelques autres cas à l’université, avec la même souche, sans lien entre ces deux grappes de cas. Il a alors été décidé de proposer la vaccination contre le sérogroupe B avec deux doses, à tous les jeunes de 15 à 25 ans de la métropole de Rennes, soit 100 000 personnes. Cette campagne de vaccination a été bien menée puisque 89 % de la population cible a reçu au moins une dose du vaccin.

Propos recueillis

par le Dr Clara Berguig

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