Dr Pierre Bakhache : Large adhésion à la vaccination antipneumococcique chez l’enfant
Discipline : Infectiologie
Date : 10/10/2025
Très bien tolérés et à l’efficacité élevée, les vaccins conjugués antipneumococciques bénéficient désormais d’une large adhésion de la part des parents. A preuve, la couverture vaccinale des nourrissons culmine à plus de 95 %, se félicite le Dr Pierre Bakhache, pédiatre à Toulon et expert Infovac.
TLM : Comment protéger les nourrissons et les enfants des infections invasives à pneumocoques ?
Dr Pierre Bakhache : Il existe plus de 100 souches différentes de pneumocoques. Toutes ne sont pas pathogènes.
Cependant, les infections à pneumocoques sont impliquées dans un large éventail de maladies, variant selon le site de l’infection et la gravité. Elles sont classées en deux catégories : les infections invasives (méningites, pneumonies, bactériémies, infections osseuses…) et les infections non invasives, comme les otites. Ces infections peuvent être graves. Elles peuvent être responsables chaque année d’un certain nombre de décès, en particulier chez les nourrissons. Les pneumocoques sont par ailleurs des hôtes normaux de la flore rhinopharyngée des jeunes enfants. Et sur une période d’un an, près de 100 % des enfants en sont porteurs, le portage étant favorisé par la vie en collectivité. Les pneumocoques étaient des bactéries sensibles aux antibiotiques, mais les résistances ont augmenté. Avec la vaccination des enfants, obligatoire depuis 2018, le nombre d’infections invasives à pneumocoques résistants aux antibiotiques a diminué, mais réaugmente quelque peu, sans atteindre pour autant le niveau d’avant 2018. La vaccination a modifié le profil des souches circulantes. Certaines souches colonisatrices pas très pathogènes ont augmenté récemment.
TLM : Quelles sont les souches les plus pathogènes ?
Dr Pierre Bakhache : Toutes les souches de pneumocoque n’ont pas le même degré de pathogénicité. Par exemple, la souche 19A est non seulement très pathogène, mais aussi résistante aux antibiotiques. Cette souche a été incluse dans les vaccins. Il s’agit d’une souche donnant des infections sévères, en particulier des méningites. La souche 3 également responsable d’infections graves est aussi incluse dans les vaccins, mais reste source de problèmes à cause de particularités structurelles. La souche 11A est, quant à elle, très résistante aux antibiotiques et fait aussi partie des souches sélectionnées pour certains vaccins. Elle ne provoque cependant pas de maladie grave, sauf chez des personnes fragiles ou immunodéprimées.
TLM : Quels sont les groupes de population les plus vulnérables aux pneumocoques ?
Dr Pierre Bakhache : Ces bactéries ont trois cibles privilégiées. Les nourrissons et les enfants, les personnes âgées et enfin les personnes fragilisées, par une immunosuppression, une splénectomie, une broncho-pneumopathie chronique obstructive, un asthme grave. Toutes ces personnes ont une susceptibilité importante aux pneumocoques. Ces trois cibles doivent bénéficier de la vaccination en priorité.
TLM : Quels sont les vaccins disponibles pour les enfants ? Quelles sont les recommandations dans cette tranche d’âge ?
Dr Pierre Bakhache : Les vaccins contre le pneumocoque sont des vaccins polysaccharidiques conjugués, qui utilisent des polysaccharides de la capsule bactérienne, en les attachant à une protéine porteuse pour augmenter l’efficacité. Le premier vaccin disponible en France protégeait donc contre sept souches bactériennes. Ensuite, est arrivé sur le marché un vaccin à 13 valences incluant la souche 19A, très virulente. Il existe désormais un vaccin à 15 valences qui protège donc contre 15 souches différentes de pneumocoques. Un vaccin à 20 valences vient d’obtenir une autorisation de mise sur le marché, mais il n’est ni recommandé ni remboursé pour le moment, en France, pour les moins de 18 ans.
Depuis 2018, la vaccination contre le pneumocoque est devenue obligatoire chez le nourrisson, avec un schéma à deux injections, à deux et quatre mois, suivies d’un rappel à onze mois. Aujourd’hui, pour cette vaccination, il est possible d’utiliser le vaccin à 13 ou à 15 valences. Cependant celui à 15 valences protège contre deux souches supplémentaires par rapport à celui à 13 valences et préviendrait 5 % d’infections en plus.
TLM : Ces vaccins sont-ils bien tolérés ?
Dr Pierre Bakhache : Ce vaccin est très bien toléré. L’injection est parfois douloureuse. Il peut y avoir un peu de fièvre. Mais globalement l’enfant supporte bien ce vaccin.
Le taux de couverture est d’ailleurs supérieur à 95 % chez les nourrissons, ce qui prouve l’adhésion des parents à cette vaccination.
TLM : Cette vaccination contre le pneumocoque a-t-elle réduit les infections invasives à pneumocoques ?
Dr Pierre Bakhache : Oui, c’est un vaccin efficace. Grâce à la vaccination obligatoire, les infections graves invasives à pneumocoques ont diminué chez l’enfant. Les méningites, les pneumonies à pneumocoques ont clairement régressé.
Cependant une augmentation récente des infections a été constatée, sans revenir cependant à la situation antérieure à la vaccination obligatoire.
Cette augmentation est liée aux souches de remplacement : chaque fois que le vaccin couvre une souche nouvelle supplémentaire, une autre souche va venir coloniser la sphère ORL. La souche nouvellement incluse dans le vaccin peut disparaître du portage des enfants. Elle est remplacée par une autre souche parfois moins pathogène. Par ailleurs, le vaccin protège contre les souches du vaccin, mais pas à 100 %. Des phénomènes d’échappement existent : certaines souches sont difficiles à contrôler, malgré le vaccin. Il a été montré que, selon les années, le vaccin à 13 valences protège contre 15 % des souches, le vaccin à 15 valences contre 24 % des souches et celui à 20 valences contre 40 % des souches. La Haute Autorité de santé prépare de nouvelles recommandations concernant la vaccination antipneumocoque.
TLM : Existe-t-il d’autres stratégies de prévention pour les enfants ?
Dr Pierre Bakhache : Si l’on veut empêcher un enfant de porter du pneumocoque, il faudrait lui interdire, la crèche, l’école, et les collectivités, car tous les enfants en sont porteurs et le transmettent. La vaccination est réellement efficace avec une baisse des infections invasives à pneumocoques.
Grâce à l’obligation vaccinale, le schéma de vaccination est bien respecté en France. Comme pour tous les vaccins, l’enfant est protégé 15 jours après l’injection.
Propos recueillis
par le Dr Clémence Weill ■





