Dr Joelle Bensimhon : La place du stérilet au cuivre dans la contraception d’urgence
Discipline : Gynécologie, Santé de la Femme
Date : 10/04/2025
Chaque année 6,2 % des femmes âgées de 15 à 49 ans sont exposées à un risque de grossesse non prévue et ont recours à une contraception d’urgence. Le stérilet en cuivre est une méthode particulièrement efficace.
Le point avec le Dr Joelle Bensimhon, gynécologue médicale à Paris.
TLM : A combien chiffre-t-on le nombre des femmes ayant recours à la contraception d’urgence ?
Dr Joelle Bensimhon : On évalue à 1,5 million le nombre des femmes qui, chaque année en France, y ont recours.
Les raisons sont nombreuses : rapports non protégés le plus souvent, oubli de pilule, vomissements ou diarrhées diminuant l’efficacité du contraceptif oral, rupture de préservatif, expulsion de l’anneau vaginal….
TLM : Quelles sont les méthodes les plus utilisées en contraception d’urgence ?
Dr Joelle Bensimhon : La plus utilisée est incontestablement la pilule dite « du lendemain ». Il en existe deux, en vente libre : le Levonorgestrel, dosé à 1,5mg (gratuit pour les mineures, remboursé à 65 % pour les adultes) : c’est un seul comprimé à prendre jusqu’à 36 heures après le rapport non protégé. Selon les études, l’efficacité de cette contraception d’urgence est variable, allant de 58 à 95 %. Elle présente une bonne tolérance, avec juste quelques nausées éventuelles et un retard des règles de trois à sept jours. L’autre pilule du lendemain est l’Ulipristal, dosé à 30 mg (connue sous le nom de EllaOne, gratuite aussi pour les mineures, puis remboursée à 65 %). Elle peut être efficace jusqu’à cinq jours après le rapport et ne présente que 2 % d’échec, avec toutefois quelques effets secondaires possibles : troubles du cycle, nausées, vomissements, vertiges… Attention : les femmes qui prennent la pilule de façon régulière, et qui ont recours à l’Ulipristal suite à un oubli, doivent faire attention 7 à 12 jours après cette prise, car cette molécule diminue l’efficacité de la pilule quotidienne.
TLM : Comment agit le DIU en cuivre ?
Dr Joelle Bensimhon : Seul le DIU en cuivre possède l’AMM en contraception d’urgence, ce qui n’est pas le cas pour les autres stérilets. Le stérilet hormonal est encore à l’étude dans cette indication. Le DIU en cuivre (remboursé également à 65%) se présente la plupart du temps sous la forme d’un « T », composé de deux bras flexibles en polyéthylène, partant d’un axe vertical autour duquel s’enroule un fil de cuivre. Il en existe de deux tailles : les « shorts » pour les nullipares et les standards pour les femmes ayant déjà eu un enfant. Il possède deux modes d’action complémentaires.
En effet, l’effet contraceptif du DIU repose sur l’inactivation des spermatozoïdes par le cuivre ainsi que par une inflammation locale qu’il crée au niveau de l’endomètre, empêchant l’ovocyte fécondé de s’implanter dans l’utérus.
TLM : Quelle est son efficacité en tant que contraceptif d’urgence ? Que montrent les études ?
Dr Joelle Bensimhon : Elle est remarquable ! Les études indiquent seulement 0,1 % d’échec, soit 0,1 % de grossesses avec un DIU en cuivre. Il est donc efficace, dans plus de 99 % des cas et, avantage supplémentaire, il peut être posé jusqu’à cinq jours après le rapport sexuel non protégé.
TLM : Quels sont ses avantages et ses inconvénients par rapport aux autres méthodes de contraception d’urgence ?
Dr Joelle Bensimhon : Son avantage principal est sa grande efficacité. Mais, en plus, il peut rester en place cinq ans et devenir une contraception longue durée. Il présente néanmoins quelques inconvénients. Il augmente l’abondance des règles et, chez les nullipares, peut provoquer des douleurs passagères après sa mise en place : il s’agit de contractions transitoires car l’utérus peut tenter d’expulser ce « corps étranger ». Chez les femmes qui ont déjà eu des enfants, on ne rencontre qu’exceptionnellement ce problème. Autre inconvénient à signaler, son accessibilité : il faut se procurer une ordonnance puis obtenir un rendez-vous pour le faire poser par un praticien expérimenté. Chez les jeunes femmes de moins de 25 ans, ou qui ont des partenaires multiples, on ne pose pas en théorie de stérilet avant un test s’assurant qu’elles ne sont pas porteuses d’une infection génitale, comme les chlamydiaes par exemple. Quelques médecins choisissent de mettre ces patientes sous antibiotiques quand il n’y a pas le temps nécessaire pour réaliser un test, mais cela alourdit le protocole. Enfin, lorsqu’on pose le stérilet en cuivre après l’ovulation, quand l’utérus est très imprégné de progestérone, il existe un faible risque de perforation (0,1 %). Il faut donc vérifier par une échographie qu’il est bien en place. Dans tous les cas, une échographie, un à trois mois après, est nécessaire pour s’en assurer.
TLM : Le DIU au cuivre est-il particulièrement recommandé dans certaines situations ?
Dr Joelle Bensimhon : Il est recommandé dans tous les cas et surtout chez les femmes qui ont tendance à oublier de prendre leur pilule régulièrement, chez celles qui ne veulent plus d’hormones et celles qui ne les supportent pas. Et il en existe beaucoup ! Pour ces dernières, c’est l’occasion de commencer une contraception par DIU. Et particulièrement pour les femmes qui ont déjà eu un enfant, c’est une liberté de disposer d’une contraception longue durée avec un minimum de contraintes et d’effets secondaires.
TLM : Quelles sont les recommandations des autorités de santé ?
Dr Joelle Bensimhon : La HAS insiste sur l’efficacité remarquable du DIU au cuivre en contraception d’urgence et donc le recommande. Mais elle tient compte aussi du fait que son obtention n’est pas facile puisqu’il faut, pour le poser, un professionnel de santé qualifié : sage-femme, gynécologue ou médecin généraliste, en ville, à l’hôpital ou dans un planning familial.
TLM : Quel est le rôle du médecin généraliste dans l’accès au DIU au cuivre comme contraception d’urgence ?
Dr Joelle Bensimhon : Il possède un rôle majeur car il peut délivrer une ordonnance en urgence.
S’il est expérimenté, il peut poser le DIU en cuivre ou adresser sa patiente à un gynécologue ou une sage-femme. Son rôle est aussi de faire connaître cette alternative à la pilule du lendemain aux femmes en âge de procréer.
Propos recueillis
par Brigitte Fanny Cohen ■





