Dr Ioana Hrab : Suivi et éducation thérapeutique du patient atteint de glioblastome
Discipline : Oncologie, Dépistage
Date : 10/10/2025
Si la chirurgie, suivie d’un protocole de radiothérapie/chimiothérapie, constitue le traitement de première intention pour traiter les patients atteints de glioblastome, le dispositif Optune Gio® — qui nécessite un accompagnement et une éducation patient — vient compléter la panoplie thérapeutique, note le Dr Ioana Hrab, oncologue médicale au Centre de lutte contre le cancer Francois-Baclesse de Caen.
TLM : Quelles sont désormais les nouvelles stratégies de prise en charge du glioblastome ?
Dr Ioana Hrab : Le premier traitement après le diagnostic, c’est la chirurgie, avec une exérèse la plus large possible, en fonction de la localisation de la tumeur. Si la chirurgie n’est pas possible, une biospie sera cependant réalisée pour confirmer le diagnostic.
Le patient est systématiquement traité ensuite, qu’il y ait eu une chirurgie d’exérèse ou pas, par un protocole de radiothérapie et de chimiothérapie avec le témozolomide, pendant six semaines. Après une pause d’un mois sans traitement, une nouvelle chimiothérapie, toujours avec le témozolomide, est proposée pour six mois, voire douze mois, délivrée par cycle de cinq jours tous les 28 jours. Depuis peu, et c’est totalement innovant, de manière concomitante à cette chimiothérapie, un traitement avec le dispositif Optune Gio® est systématiquement proposé, sauf contre-indication. Cette thérapeutique utilise des faibles doses d’impulsion électrique administrées par voie externe. Un essai EF 14 a évalué ce dispositif pour tous les nouveaux patients opérés d’un glioblastome, lors de la deuxième phase du traitement. Les résultats d’un essai de phase 3 ont mis en évidence un bénéfice en termes de survie sans progression, de l’ordre de 20,9 mois avec le nouveau traitement contre 16 mois dans le bras standard. La survie à cinq ans pour le glioblastome de haut grade est passée de 5 % à 13 % grâce à cette nouvelle thérapeutique. L’essai a mis en évidence un bénéfice du dispositif dans tous les sous-groupes de patients. Il y a entre 3 000 et 3 500 nouveaux cas de glioblastome de haut grade chaque année en France, avec un pic d’incidence entre 60 et 70 ans.
TLM : Comment marche ce traitement ?
Dr Ioana Hrab : C’est un dispositif médical qui délivre une charge électrique (TTFields) de faible intensité au niveau de la zone tumorale. Il est constitué de quatre électrodes collées grâce à des larges patchs sur le cuir chevelu, électrodes connectées à un générateur électrique qui peut se transporter dans un petit sac à dos. Lors de l’IRM, le positionnement des électrodes est déterminé en fonction de l’emplacement de la tumeur. Le mécanisme d’action n’est pas très bien connu. Ce dispositif permettrait d’arrêter la division des cellules cancéreuses, de perturber le fuseau mitotique, d’induire une apoptose des cellules tumorales, d’empêcher la réparation de l’ADN tumoral sans interagir avec les cellules normales. Il bénéficie en France d’une autorisation de mise sur le marché depuis 2023. Il peut être proposé à tous les patients souffrant d’un glioblastome de haut grade, en l’absence de récidive. Une étude de phase 4 est en cours en France, notamment pour pour confirmer le bénéfice en survie globale et évaluer l’impact sur la qualité de vie.
TLM : Quels sont les facteurs déterminants dans l’adhésion thérapeutique ?
Dr Ioana Hrab : Dès le diagnostic posé, nous discutons avec le patient du protocole et de ce dispositif thérapeutique qu’il sera amené à avoir dans une deuxième phase du traitement. Le médecin oncologue évoque son intérêt et les possibles effets secondaires. Le dispositif est ensuite à nouveau présenté par le radiothérapeute après la chirurgie. C’est l’oncologue médical, après avoir clairement expliqué au patient son intérêt, qui fera la prescription. Le patient doit être en état d’utiliser ce dispositif lui-même. Un technicien sera présent lors de la phase d’initiation, au domicile, pour expliquer comment l’utiliser et aider à mettre en place les stratégies qui facilitent son usage. À partir du moment où le traitement a été validé, les équipes d’Optune sont joignables via une hotline pour suivre les patients pour le cas où les électrodes se détacheraient, pour les changer régulièrement. Le dispositif doit être utilisé 18 heures par jour sur 24. Il n’existe pas de contre-indication sauf chez les patients qui ne sont pas autonomes, en cas d’anomalies de cicatrisation après la chirurgie, de crises d’épilepsie non contrôlées par le traitement, ou encore si le patient est porteur d’un pacemaker.
TLM : Comment aidez-vous le patient à accepter le traitement ?
Dr Ioana Hrab : Nous avons mis au point un programme d’éducation thérapeutique assuré par les médecins et des infirmières, pour apprendre au patient, dans le cadre d’une hospitalisation de jour, à utiliser ce traitement de manière optimale. Nous lui présentons le dispositif, la manière dont il doit être utilisé, à l’aide d’une vidéo. Le patient peut, s’il le souhaite, rencontrer une esthéticienne pour faciliter son usage qui nécessite que le crâne soit rasé. Les femmes refusent plus souvent le dispositif pour cette raison : un inconvénient qu’il est possible de minimiser par l’utilisation de perruques, bonnets, chapeaux, foulards… Quelques patients n’adhèrent pas. Ils craignent d’avoir une moins bonne qualité de vie, d’être gênés pour sortir, aller au restaurant, au spectacle. Aux patients réticents, nous suggérons d’essayer le dispositif avec des mesures d’accompagnement. Nous recommandons de l’utiliser la nuit et le matin et de garder une plage horaire de six heures par jour sans dispositif pour sortir. Nous proposons aussi éventuellement de le garder plus longtemps en semaine et ne pas l’utiliser le week-end. La durée d’utilisation va de six mois à un an. Expliquer au patient les bénéfices sur la maladie et l’absence d’effets secondaires reste essentiel.
TLM : Faut-il un suivi particulier ?
Dr Ioana Hrab : Nous suivons les patients atteints de glioblastome de haut grade en consultation tous les mois, y compris bien sûr ceux bénéficiant du dispositif Optune Gio®. Une fois que le patient a adhéré au traitement, tout se passe bien, quand l’information au départ a été bien faite.
TLM : Existe-t-il d’autres indications à ce dispositif ?
Dr Ioana Hrab : Des essais sont aussi en cours, en particulier dans d’autres tumeurs cérébrales, dans le cancer du poumon. Des données encourageantes ont été présentées au congrès ASCO de cette année. Il y a aussi des essais dans le mésothéliome et le cancer du pancréas.
Propos recueillis
par le Dr Clémence Weill ■





