Dr Hervé Haas : Prévenir les infections invasives à méningocoques
Discipline : Infectiologie
Date : 13/01/2026
Face à la recrudescence des cas de méningites à méningocoques depuis la fin de la crise Covid, les autorités de santé ont repensé la stratégie vaccinale pour protéger les plus exposés. Le point avec le Dr Hervé Haas, pédiatre infectiologue au CHU de Nice, président du Groupe de pathologies infectieuses pédiatriques (GPIP) et expert InfoVac-France.
TLM : Comment contracte-t-on ces infections ?
Dr Hervé Haas : Il existe plusieurs types de méningocoques, les plus fréquents en France sont ceux des sérogroupes A, B,C, W et Y. Ces bactéries sont normalement présentes dans les fosses nasales et parfois dans la gorge.
Elles peuvent se transmettre par voie aérienne ou par la salive : toux, baisers… Les contacts étroits, dans un environnement confiné en particulier l’hiver, entraînent un échange accru des sécrétions et donc des contaminations. Une fois dans le nez, même sans déficit de l’immunité, le méningocoque peut passer dans le sang à travers les fosses nasales, et circuler dans tout le corps, avec le risque d’entraîner une septicémie. Il peut aller jusque dans les méninges et provoquer une méningite. Dans la majorité des cas, quand la bactérie pénètre les fosses nasales, l’immunité la neutralise. Il y a donc une période de portage : le méningocoque se loge dans notre nez sans être pathogène mais nous pouvons le diffuser autour de nous.
TLM : Quels sont les signes d’alerte ?
Dr Hervé Haas : Les symptômes diffèrent selon le sérogroupe, ce qui rend le diagnostic difficile. Dans la majorité des cas, on se retrouve face à une fièvre élevée, des céphalées, des vomissements, une raideur de la nuque. Mais on est parfois confronté à une fatigue inhabituelle et importante, un écoulement nasal et une toux associée qui peuvent faire penser à une grippe. Ou à des vomissements et des diarrhées qui orientent vers une gastro-entérite. Dans les formes les plus graves apparaissent des taches rouges ou violacées sur la peau : c’est le purpura fulminans qui peut s’étendre rapidement sur tout le corps. Il faut insister sur l’aggravation extrêmement brutale de ces infections en 24 à 48 heures. Elles sont très graves et même mortelles dans 10 % à 15 % des cas. Chez ceux qui survivent, 25 % à 40 % présentent des séquelles invalidantes comme un déficit moteur, une surdité, une épilepsie, voire une amputation de membres...
TLM : Comment expliquer la recrudescence de ces infections ?
Dr Hervé Haas : De 2020 à 2021 nous avons été confrontés au Covid. Le confinement et le port de masques ont fait disparaître momentanément ces infections.
Après le relâchement des gestes barrière, les méningocoques ont rattrapé leur retard. D’où une recrudescence très importante en 2022, 2023, 2024 et début 2025, surtout chez les adolescents et les adultes jeunes.
On a notamment déploré un grand nombre de cas, dont des décès, chez des étudiants à Lyon et à Rennes. Il s’agit peut-être aussi d’une conséquence de la forte épidémie de grippe durant l’hiver 2024-2025. En effet, quand on constate un pic de grippe, on observe dans les semaines qui suivent un pic d’infections à méningocoques : la grippe modifie les défenses nasales, ce qui facilite le passage dans le sang de ces bactéries présentes dans le nez.
TLM : Comment les autorités de santé ont-elles intensifié la stratégie vaccinale ?
Dr Hervé Haas : Depuis 2018, la vaccination contre le méningocoque C est obligatoire pour les nourrissons de moins de 24 mois. Mais depuis janvier 2025 est aussi obligatoire la vaccination contre les B, C, W et Y. Donc tous les nourrissons de moins de 24 mois doivent bénéficier de la vaccination contre le sérogroupe B et les sérogroupes ACWY afin de rentrer en collectivité. Le vaccin est pris en charge par l’Assurance maladie pour les moins de cinq ans quand les parents souhaitent faire vacciner leur enfant.
TLM : Quelles sont les recommandations pour les adolescents et jeunes adultes ?
Dr Hervé Haas : Pour eux, pas d’obligation vaccinale mais une recommandation. Les 17-21 ans correspondent au deuxième pic de fréquence de ces infections et donc les autorités de santé préconisent de les vacciner. La vaccination ACWY est actuellement recommandée pour les 11 à 14 ans, afin de les protéger pendant toute la période à risque de 15 à 24 ans, en raison de la durée prolongée de cette protection (dix années au moins). Le sérogroupe B représente à lui tout seul la moitié des cas et il est important de vacciner les adolescents à partir de 15 ans : la protection vaccinale est moins longue (entre trois à sept ans), ce qui leur permet d’être protégés lors du pic de survenue de ces infections, vers17 à 21 ans. Les recommandations insistent sur la nécessité d’un rattrapage vaccinal des 15-24 ans non encore vaccinés.
TLM : Quelles sont les modalités de cette vaccination recommandée ? Est-elle efficace ?
Dr Hervé Haas : Le vaccin ACWY ne nécessite qu’une seule dose et peut être administré dans les collèges, couplé à celui contre les papillomavirus. Il peut être réalisé aussi avec le rappel du dTCoq Polio. Pour le B, deux doses sont nécessaires, espacées d’au minimum deux à six mois selon le vaccin utilisé. Tous ces vaccins sont remboursés, même s’ils ne sont pas obligatoires. Ils sont très efficaces même s’ils ne le sont pas dans 100 % des cas. Mais on constate qu’il n’existe plus aucun cas de méningite chez les enfants vaccinés depuis que le vaccin est obligatoire.
Les seuls cas connus concernent des adolescents et adultes non vaccinés. La vaccination constitue le moyen de prévention le plus efficace pour lutter contre ces graves maladies.
TLM : Quel est le rôle des médecins généralistes dans la prévention des infections invasives à méningocoques ?
Dr Hervé Haas : Ils représentent la clef de voûte de notre système de santé, avec les pédiatres qui s’occupent des nourrissons. Le généraliste doit expliquer l’importance de la vaccination contre les méningocoques, rassurer les adolescents qui entendent souvent des fake news à ce sujet et vacciner. Il peut aussi proposer cette vaccination aux plus de 80 ans (qui représentent aujourd’hui la troisième classe d’âge la plus touchée), même si ces vaccins n’ont pas été étudiés et conçus pour cette population. Mais cela semble pertinent de le faire. Et donc son rôle est fondamental dans la prévention des infections invasives à méningocoques.
Propos recueillis
par Brigitte Fanny Cohen ■





