Dr Didier Bouccara : Bouchons de cérumen : Les bonnes pratiques
Discipline : ORL, Stomatologie
Date : 10/04/2025
S’ils constituent une manifestation fréquente mais sans gravité, les bouchons de cérumen peuvent néanmoins altérer l’audition. Il faut donc les prévenir et les prendre en charge. Les conseils du Dr Didier Bouccara, ORL à Paris.
TLM : Comment définir le cérumen ? Quel est son rôle ?
Dr Didier Bouccara : Le cérumen (du latin cera : cire) est produit dans le conduit auditif externe (CAE) qui assure la transmission des vibrations sonores. Il est composé de la production des glandes sébacées et cérumineuses, situées dans le CAE, mais aussi de squames épidermiques et de débris cellulaires. Il a un pH acide. Son rôle est de protéger la peau du CAE, réalisant un obstacle chimique et mécanique aux agressions extérieures. La consistance du cérumen et sa quantité sont variables en fonction de l’humidité, de l’âge, de facteurs ethniques et génétiques. La coloration du cérumen est également variable : grise ou brune, avec des intermédiaires, par exemple comparables à la cire d’abeilles.
Le cérumen c’est ce qu’on retire lorsqu’on se nettoie les oreilles.
TLM : Les bouchons de cérumen sont-ils fréquents ?
Dr Didier Bouccara : Normalement, le cérumen s’évacue de l’intérieur vers l’extérieur par un mouvement physiologique. Mais il arrive, à tout âge, qu’il s’accumule dans le CAE et forme un bouchon. Le cérumen joue un rôle normal mais il n’en va pas de même pour les bouchons : ce sont de véritables corps étrangers composés essentiellement par des cellules kératinisées. La fréquence des bouchons de cérumen est variable tant pour l’ensemble de la population qu’à titre individuel. Dans certains cas, ils peuvent se former plusieurs fois par an. Il faut les différencier des bouchons épidermiques résultant de l’accumulation de kératine, pouvant adhérer à la peau du CAE et à la membrane du tympan avec un aspect de squames blanchâtres, parfois « pseudo-tumoral ».
TLM : Quelles sont les causes de ces bouchons ?
Dr Didier Bouccara : La formation des bouchons de cérumen est parfois spontanée. Elle peut aussi survenir chez des personnes qui ont la peau tres sèche (eczéma, psoriasis) ou très grasse, lors de baignades fréquentes, du port de prothèses auditives, d’écouteurs ou de bouchons d’oreilles protecteurs de bruit. Elle peut également être favorisée par des antécédents chirurgicaux ou traumatiques au niveau de CAE et des auto-manœuvres de nettoyage du CAE avec une instrumentation variable, et parfois non dédiée (épingles).
TLM : Quels sont les symptômes ? Le bouchon de cérumen peut-il évoluer en silence ?
Dr Didier Bouccara : Le bouchon de cérumen est très fréquemment latent, sans symptômes, et découvert à l’occasion d’un examen clinique. Il peut aussi se révéler par une sensation d’oreille bouchée, souvent intermittente, en particulier au cours d’une baignade ou lors d’une hypoacousie brutale. Il faut le souligner : les baignades représentent un facteur de risque fréquent d’apparition des symptômes car le bouchon de cérumen, exposé à l’eau, augmente de volume. Les douleurs sont rares.
TLM : Comment traiter ?
Dr Didier Bouccara : Le retrait du bouchon de cérumen est la seule solution. Ce n’est pas un geste totalement anodin car il peut y avoir des complications au niveau du CAE et du tympan. En particulier si le bouchon de cérumen est très dur et enclavé dans le CAE : il ne faut pas hésiter à recourir alors à une étape préliminaire de soins locaux. Objectif : essayer de le « ramollir », soit avec des produits lubrifiants qui faciliteront l’extraction, soit avec des céruminolytiques comme le docusate de soude, le bicarbonate de soude ou l’eau oxygénée. Il faut également rechercher des antécédents (perforation du tympan, chirurgie de celui-ci…) afin de ne pas réaliser de lavage d’oreilles si l’oreille moyenne n’est pas protégée par la membrane tympanique. Enfin, en cas de diabète, il faut garder en mémoire le risque d’otite externe parfois grave si l’ablation du bouchon entraîne des dommages. La survenue de douleurs doit donc motiver une consultation pour un traitement adapté et un suivi.
TLM : Comment retirer un bouchon d’oreilles ?
Dr Didier Bouccara : Avec les précautions mentionnées ci-dessus, différentes modalités sont envisageables. Lors de leur réalisation, il faut identifier les symptômes que peut ressentir le patient : douleurs, vertiges et présence d’un éventuel saignement. La première possibilité est le lavage doux avec de l’eau tiède (37°) en utilisant une seringue, un énéma, un système d’irrigation… Le médecin ORL dispose de micro-instruments (pinces, crochets) qui permettent de retirer directement le bouchon de cérumen. Il peut aussi procéder par une aspiration, en se méfiant du bruit de l’aspirateur qui peut provoquer un traumatisme sonore.
Dans les deux cas, avec un contrôle direct de la vue : une lampe frontale ou un microscope de consultation. A la fin, il vérifie l’état des membranes tympaniques. Il faut s’assurer de l’absence de pathologie de l’oreille moyenne et de complications liées à la procédure : saignement, perforation tympanique… Ce retrait nécessite plusieurs consultations dans certains cas : dureté du bouchon de cérumen, caractère adhérent et conditions particulières liées au patient (par exemple enfant ou sensibilité importante).
TLM : Peut-on prévenir les bouchons de cérumen, notamment chez les personnes à risques ?
Dr Didier Bouccara : La prévention repose sur les soins locaux réguliers : en l’absence de perforation tympanique, on peut laver le CAE lors des douches, avec un jet faible et tiède, et un séchage superficiel par un mouchoir en papier ou le sèche-cheveux.
TLM : Quel est le rôle du médecin généraliste dans la prise en charge des bouchons de cérumen ?
Dr Didier Bouccara : Le médecin généraliste a un rôle important car, lors de son examen otoscopique, il va identifier la présence d’un bouchon de cérumen. S’il est obstructif, relativement « mou » et symptomatique, il peut — s’il en a l’habitude et le matériel adapté — réaliser un lavage d’oreille. Dans les cas contraires, il peut proposer des soins locaux par céruminolytiques les jours qui précéderont la consultation d’ORL.
Propos recueillis
par Brigitte Fanny Cohen ■





