• Jérôme Leleu : « Comment la réalité virtuelle révolutionne la formation médicale »

DU RAISONNEMENT CLINIQUE A LA RÉALISATION DE PROCÉDURES

Discipline : Gestion professionnelle

Date : 11/03/2019


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Présente depuis plusieurs décennies dans des métiers comme l'aéronotique, la formation par simulation numérique trouve dans le geste médical un terrain de prédilection. Cette technologie place l'apprenant en immersion totale dans un univers virtuel qui restitue pleinement son cadre d'intervention. Faisant de l'apprenant, selon Jérôme Leleu, Président de SIMFORHEALTH, le département de simulation numérique de Interaction Healthcare (agence digitale spécialisée dans la e-santé), un acteur de sa formation.

TLM : Comment définiriez-vous la forma-tion Santé par simulation numérique ?
Jérome Leleu : Il s’agit d’une approchealliant rigueur scientifique et médicale àune pédagogie hautement innovantepuisqu’elle opère en mettant le profes-sionnel de santé en immersion totaledans un monde virtuel permettant de res-tituer de façon parfaitement réaliste soncadre d’intervention. Les programmesque nous développons ont ainsi un tripleADN : scientifique, pédagogique et tech-nologique. Complémentaire de la forma-tion théorique la formation par simula-tion numérique est régie par ce principeéthique édicté par la Haute Autorité desanté : « Jamais la première fois sur un pa-tient ». Elle procède par mises en situationet cas cliniques, selon une procédure in-teractive : l’apprenant n’est plus specta-teur ou auditeur d’une formation maisvéritablement acteur. Cette technologiepermet d’améliorer le raisonnement cli-nique, une meilleure prise en charge du patient, réaliser des procédures, etc. Etelle permet de mieux mémoriser. Grâce àce type de formation qui relève de l’ap-prentissage par l’erreur, les profession-nels de santé se trouvent bien plus à l’aiselorsqu’ils sont en situation effective. Ellecontribue ainsi, et de façon majeure, à ladiminution des erreurs médicales.

TLM : Depuis quand cette technologieexiste-t-elle ?
Jérome Leleu : Depuis 50 ans dans lemonde de l’aéronautique, pour la forma-tion des pilotes, dans l’Aérospatiale, dansl’industrie automobile, etc. Mais ce n’estqu’il y a deux ans environ qu’elle a étéintroduite de manière massive dans laformation Santé. La diminution dras-tique des coûts a changé la donne : il y aencore 10 ans il fallait un budget de 100000 à 300 000 euros pour acquérir unéquipement de réalité virtuelle car ellen’était pas industrialisée, ce qui n’estplus le cas aujourd’hui. Pour acheter uncasque de réalité virtuelle il suffit uuu«Cette technologie permetd’améliorer le raisonnementclinique, la prise en charge dupatient, de réaliser desprocédures, et de mieuxmémoriser. Grâce à ce type deformation —qui relève del’apprentissage par l’erreur—les professionnels de santé setrouvent plus à l’aise lorsqu’ilssont en situation effective. »

TLM : A qui cette technologie s’adresse-t-elle ?
Jérome Leleu : A tous les professionnelsde santé, médecins, pharmaciens et para-médicaux, en formation initiale commeen formation continue, individuelle oucollective, à distance ou en présentiel.MedicActiV, notre plate-forme de simula-tion numérique, a pour ambition de diffu-ser au plus grand nombre le savoir en mé-decine en favorisant la dimension collabo-rative : universités, CHU, centres de simu-lation, sociétés savantes, organismes deformation peuvent créer leurs simulateursnumériques et les diffuser à leurs appre-nants ou à leurs pairs. MedicActiV com-porte un outil-auteur : sans connaissanceinformatique particulière, le professionnelpeut créer un cas clinique en y rensei-gnant le dossier médical du patient vir-tuel, les échanges médecin/patient, pro-poser les différentes options de prise dedécisions diagnostiques et thérapeutiquesainsi qu’une évaluation en fin de simula-tion sur les décisions prises. Les cas cli-niques fonctionnent sur une interactionentre un médecin « réel » et un patient« virtuel ». S’agissant, par exemple, d’unsimulateur numérique on obtient àl’écran toutes les étapes permettantd’avancer vers le diagnostic : entretienavec le patient, examen clinique, examenscomplémentaires, radiographies, etc.

TLM : Comment procède-t-on pour ac-céder à la plateforme de simulation Me-dicActiV ?
Jérome Leleu : L’utilisateur peut seconnecter, à son rythme et quand il le sou-haite à la plate-forme MedicActiV, de chezsoi ou de l’endroit où se déroule la forma-tion. Nous intégrons actuellement descasques autonomes de simulation, qui sesuffisent donc à eux-mêmes, sans ordina-teur ni autre dispositif électronique. S’agis-sant, par exemple, d’une formation pré-sentielle les organisateurs peuvent y in-clure de la réalité virtuelle en faisant circu-ler un casque. Nous avons également dé-veloppé une solution multi-joueurs, enl’occurrence le formateur, l’apprenantvoire plusieurs, sur un même lieu ou à dis-tance. Ces solutions avec compagnonnagepeuvent être intégrées dans la formation.

TLM : Quelles sont aujourd’hui vos réa-lisations ? La plate-forme MedicActiVest-elle présente dans d’autres pays ?
Jérome Leleu : Nous avons commencé en2016 avec des applications relatives auxurgences et à la réanimation, par exemplele cas d’un patient atteint d’un pneumo-thorax. Aujourd’hui nous nous dévelop-pons sur l’acquisition de compétences. Pluslargement nous essayons de proposer unecollection de plus en plus importante et di-versifiée, comme nous le faisons actuelle-ment avec les soins infirmers avec les dixcompétences infirmières. J’ajoute que no-tre plate-forme est déclinée en 18 langueset qu’elle est consultée partout dans lemonde —plus de 50 000 professionnels desanté depuis sa création—, et jusqu’enChine. La richesse et la diversité de nos pro-duits font de la plate-forme MedicActiV le« Netflix » de la formation médicale.

TLM : Quelles sont les perspectivesd’avenir ?
Jérome Leleu : Nous avons donc conçudes programmes sur les gestes techniquesou sur les procédures de gestes ou deprise en charge. Nous envisageons main-tenant de nous tourner vers le versantcomportemental. Nous travaillons actuel-lement sur le développement de l’empa-thie dans l’univers virtuel. Nous collabo-rons ainsi au projet « VirtuALZ » avec l’AP-HP sur la manière de former les acteurs desoins, notamment des personnels médico-sociaux, intervenant auprès de patients at-teints d’Alzheimer. Il ne s’agit plus ici detraiter l’aspect scientifique ou d’évaluerles connaissances médicales mais plutôtde travailler sur les comportements. Defait la formation médicale est à l’oréed’une révolution extraordinaire.

Propos recueillis parElvis Journo & Bernard Maruani

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