• Pr CHAUSSAGE : Le rôle essentiel de la préparation colique avant la coloscopie

Stanislas CHAUSSAGE

Discipline : Gastro-entérologie, Hépatologie

Date : 05/05/2020


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Les récentes recommandations mettent en évidence l'importance capitale d'une préparation de qualité avant un examen du colon.  Le Pr Stanislas Chaussade Président de la société française d'endoscopie digestive (SFED) apporte ici son expertise pour décrypter ces nouveaux critères.  

TLM : La préparation colique conditionne- t-elle la qualité de la coloscopie ?
Pr Stanislas Chaussade:
La qualité de la co- loscopie repose sur un tout. Les dernières recommandations du groupe de travail sur ce sujet, publiées en 2019, dégagent sept critères majeurs à prendre en compte pour s’assurer de cette qualité. Ils portent sur la pré-procédure, le caractère complet de la procédure, l’identification de la pa- thologie, sa prise en charge, les complica- tions de la coloscopie, le ressenti du pa- tient et le post-procédure. Le premier de ces critères majeurs inclut la préparation, qui conditionne la qualité de l’acte, et donc son succès. Rappelons qu’une pré- paration colique incorrecte est associée à un taux de détection d’adénomes plus bas et à un taux de coloscopies incomplètes plus élevé.

TLM : Comment déterminez-vous la qualité de cette préparation ?
Pr Stanislas Chaussade :
Nous recomman- dons d’évaluer la qualité de préparation par un score validé, habituellement le score de Boston. Il permet une évaluation de la préparation du côlon, segment par segment. Le groupe de travail français considère qu’un score supérieur ou égal à 7 devrait être exigé pour un examen de qualité, sans aucun segment coté 1.

TLM : Quels sont les critères d’efficacité d’une préparation colique ?
Pr Stanislas Chaussade :
La préparation doit être efficace, bien tolérée et bien ac- ceptée par le patient, en termes de vo- lume et de palatabilité. Une préparation fractionnée a démontré sa supériorité en termes d’efficacité et de tolérance de la préparation colique vis-à-vis d’une prépa- ration en prise unique. Il ne faut toutefois pas oublier les règles de base de la phy- siologie intestinale : 8 à 10 litres d’eau cir- culent dans le tube digestif. Si la prépara- tion n’apporte pas assez d’eau ou d’élec- trolytes, le risque d’impact sur la volémie augmente, pouvant conduire à un phéno- mène de déshydratation et d’hyponatré- mie ou d’hypokalièmie, en particulier chez les sujets âgés en institution. Il faut aussi rappeler qu’un délai de trois heures entre la dernière prise de préparation et l’induction anesthésique paraît raisonna- ble pour garantir l’absence de risque d’inhalation chez les patients ne présen- tant pas de ralentissement de la vidange gastrique ; les autres liquides clairs peu- vent être absorbés jusqu’à deux heures avant l’anesthésie.

TLM : Quel type de préparation colique préconisez-vous chez les sujets fragiles (in- suffisants cardiaques, rénaux, sujets âgés) ? Pr Stanislas Chaussade : La coloscopie est un examen qui peut présenter des risques, qui augmentent avec l’âge et certaines comorbidités. Le risque varie aussi selon les spécialités. Il est donc nécessaire de sélectionner la préparation la mieux tolé- rée chez ce type de patient. Chez les pa- tients insuffisants cardiaques ou insuffi- sants rénaux il est recommandé d’utiliser des préparations à base de PEG.

TLM : Ces bonnes pratiques sont-elles bien intégrées dans l’exercice quotidien des gastro-entérologues ?
Pr Stanislas Chaussade:
Le travail des socié- tés savantes et plus particulièrement de la SFED font que ces bonnes pratiques sont aujourd’hui reconnues comme une néces- sité. La commission qualité de la SFED œu- vre en ce sens de longue date et contribue ainsi à une réelle mobilisation de la profes- sion dans une démarche qualité. L’aug- mentation du taux de détection des adé- nomes est, au moins en partie, dû à l’amé- lioration de la qualité de la préparation mais aussi à celle de l’acte réalisé par l’en- doscopiste et à l’amélioration de la qualité des appareils.

TLM : Quel est le rôle du médecin généra- liste dans le parcours patient lié à la colo- scopie ?
Pr Stanislas Chaussade :
Si l’acte est du res- sort exclusif du spécialiste, le généraliste joue un rôle déterminant dans la surveil- lance et l’orientation des patients qu’il suit. Il doit ainsi se montrer particulière- ment attentif aux patients à risque élevé de cancer colorectal et plus particulière- ment ceux ayant un antécédent personnel ou au premier degré d’adénome ou de cancer colorectal, ainsi que ceux présen- tant une maladie inflammatoire chro- nique de l’intestin. Ces patients doivent bénéficier en première intention d’une co- loscopie et non rentrer dans le cadre de la campagne de dépistage du CCR par la re- cherche de sang dans les selles (Test FIT). Son rôle est alors de motiver le patient à bénéficier d’une coloscopie et le réorien- ter vers un spécialiste. Il en est de même pour les patients présentant des symp- tômes digestifs.

Propos recueillis par Aëlys Thyt

 

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