• Dr KOCHERT : Quand la vaccination standard se rappelle à tous...

Fabienne KOCHERT

Discipline : Infectiologie

Date : 05/05/2020


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LA SEMAINE DE LA VACCINATION DEVRAIT SE DÉROULER DU 20 AU 26 AVRIL PROCHAINS. DANS LE CONTEXTE DE LA PANDÉMIE COVID-19, LA SENSIBILISATION DU PUBLIC ET DES PROFESSIONNELS DE SANTÉ SUR L’ENJEU DES VACCINS APPARAÎT D’AUTANT PLUS ESSENTIELLE. ENTRETIEN AVEC LE DR FABIENNE KOCHERT, PÉDIATRE LIBÉRALE À ORLÉANS ET PRÉSIDENTE DE L’ASSOCIATION FRANÇAISE DE PÉDIATRIE AMBULATOIRE

TLM : Les Français, longtemps mauvais élèves, sont-ils aujourd’hui mieux vaccinés ? Dr Fabienne Kochert : Oui. En pédiatrie am- bulatoire, nous constatons que les enfants sont aujourd’hui bien vaccinés. La mise en place du calendrier obligatoire pour la vacci- nation des nourrissons nous a facilité la tâche. La loi de janvier 2018 rend obligatoire la vac- cination contre onze maladies au lieu de trois auparavant (diphtérie, tétanos, polio). Les vaccinations contre coqueluche, Haemophilus influenzae B, hépatite B, pneumocoque, mé- ningocoque C, rougeole, oreillons, rubéole sont devenus obligatoires alors qu’elles n’étaient auparavant que recommandées. La plupart des parents qui hésitaient avant à faire vacciner leurs enfants le font désormais sans problème. Il reste quelques farouches opposants à la vaccination, mais ils sont rares. TLM : Au-delà des vaccins du calendrier obligatoire, lesquels recommandez-vous ? Dr Fabienne Kochert : Je conseille le vaccin contre le méningocoque B pour les petits nourrissons parce que la méningite est une maladie grave, le méningocoque B est le germe le plus souvent responsable dans cette tranche d’âge. Les données récentes prouvent l’efficacité de ce vaccin pour pro- tèger les petits nourrissons. Il est d’ailleurs inclus dans le calendrier vaccinal d’autres pays européens. Autre vaccin utile pour les nourrissons, notamment ceux en collecti- vité : le vaccin contre le rotavirus, par voie orale qui protège contre la plus fréquente des gastroentérites. Pour les adolescents, une injection vaccinale de rappel contre le

méningocoque C est préconisée ou, mieux, un vaccin protégeant contre les méningo- coques A, C, W et Y, germes en augmenta- tion dans la population des adolescents et des jeunes adultes. Le vaccin contre le pa- pillomavirus (HPV), recommandé et rem- boursé chez les filles à partir de 11 ans, est désormais recommandé aussi pour les gar- çons, même si le remboursement n’a pas encore été obtenu dans ce cas.

TLM : Et pour les adultes ?
Dr Fabienne Kochert :
Le calendrier vaccinal a été simplifié avec un rappel pour le diphté- rie-tétanos-polio et coqueluche (DTPCoq) à 25, 45 et 65 ans, puis tous les dix ans ensuite. Les adultes sont mieux protégés aujourd’hui grâce à une sensibilisation des professionnels de santé. Pour les jeunes ou futurs parents comme pour l’entourage des nouveau-nés, une vaccination « cocooning » est préconisée avec un rappel vaccinal DTPCoq ; le but est de protéger les petits nourrissons contre la co- queluche en attendant qu’ils soient protégés par leur propre vaccination. En Grande-Bre- tagne, les femmes enceintes sont vaccinées pendant la grossesse : une stratégie qui a fait ses preuves, car cela permet le passage des anticorps de la mère au fœtus et protège les nouveau-nés contre la coqueluche.
TLM : Comment vacciner un adulte mal ou non vacciné ?
Dr Fabienne Kochert :
Il existe des protocoles

TLM 119 AVR-MAI-JUIN 2020

de rattrapage vaccinaux, tout comme pour les enfants non vaccinés. Si une personne de 35 ans n’a pas fait de rappel à 25 ans, on fait une seule injection. S’il manque aussi le rap- pel à 11 ans, on pratiquera deux injections. TLM : Est-il encore temps de se vacciner contre la grippe ce printemps ?

Dr Fabienne Kochert : Non, car le virus grippal ne circule presque plus en France. TLM : Quels sont les messages à faire pas- ser dans le contexte actuel ?

Dr Fabienne Kochert : Le message à trans- mettre est qu’il faut continuer à vacciner les nourrissons malgré la situation de crise ac- tuelle liée à l’épidémie à coronavirus. En pé- diatrie ambulatoire, nous avons mis en place des consultations dédiées pour pouvoir ac- cueillir les nourrissons en toute sécurité. No- tre crainte est que les parents diffèrent cette vaccination. Or la situation actuelle peut du- rer et le risque d’infections graves (ménin- gites, coqueluche, rougeole) ne disparaît pas à cause du COVID-19 !

Le calendrier vaccinal doit être respecté pour que les nourrissons soient correctement pro- tégés. Il ne faudrait pas qu’à la crise sanitaire actuelle s’ajoute pour les nourrissons une augmentation d’infections graves que les vaccins permettent d’éviter. Les pédiatres pourront éventuellement proposer de re- grouper plusieurs injections vaccinales sur une même consultation. Il est important de souligner que, contrairement à ce que l’on a pu entendre, il n’y a aucun risque à vacciner contre rougeole, oreillons et rubéole, en cette période de pandémie à COVID-19. Rappelons que l’épidémie persistante de rougeole provient d’enfants non vaccinés. Les rappels vaccinaux ultérieurs à 6 ans et 11 ans sont un peu moins urgents, il y a une marge de quelques mois.

TLM : Quand peut-on espérer disposer d’un vaccin contre le SRAS-CoV-2 ?
Dr Fabienne Kochert :
Les équipes de re- cherche s’activent, mais selon les dernières informations, aucun vaccin ne sera disponi- ble pour juguler l’épidémie actuelle.

 

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